柯市政顧問反彈  揚言辭退 《中國時報》 2014 年 12 月 10 日 04:10 江慧珺、邱文秀、陳芃/台北報導
台北市長當選人柯文哲日前拜會宜蘭縣長林聰賢,盼爭取北宜直線鐵路最短路線,即從南港穿越翡翠水庫集水區抵達宜蘭頭城,遭環保團體抨擊。柯文哲市政顧問團成員,包含律師詹順貴與台大化工系教授施信民,皆持反對態度,詹更揚言,若柯文哲團隊屢勸不聽,將辭退市政顧問職務。
詹順貴說,柯文哲所提的北宜直鐵最短路線,對環境衝擊重大,早在 2006 年已被當時的環評委員認定不應開發,且現在面臨十年內最嚴重乾旱,雪隧開通時已擾動雪山數萬年累積的水脈,若北宜直鐵穿越翡翠水庫,會衝擊水源保護區,水脈也會再流失。
詹順貴批柯  發言草率
他認為,柯文哲已非政治素人,是準首都市長,且首位副市長鄧家基又是新北市環保局長出身,對於不了解又沒把握的政策,不應任意發言;柯先前延攬林欽榮為第二位副市長,理由竟是林「比較兇」,推都更有效率,如此發言可能讓不同意戶或弱勢聲音被忽略,強拆事件恐重演。
詹順貴說,柯文哲團隊沒有審慎搜集資料,就草率做出政策發言,他將正式寫信給柯的核心幕僚群,若還是屢勸不聽,將辭去市政顧問職務。
施信民直斥  浪費資源
台灣環境保護聯盟創會會長、台大化工系教授施信民說,北宜直鐵無論是哪種方案,都會對環境造成衝擊,斥資五、六百億元更是浪費國家資源,較合理的做法是提升現有台鐵路線的行車速度,對環境衝擊小、節省經費,也能維持鐵道沿線居民生計。
施信民直言,柯文哲過去是醫生,對此議題不是很熟悉,他認為柯應好好了解問題再發言;他認為近來柯文哲爭議發言,確實會稍微影響他擔任市政顧問意願,但柯終究是新手,還待日後觀察其言行。
雪隧釀災  傷害難回復
翡翠水庫管理局昨則發布相關數據,用數字說話,舉雪隧工程時的災害為例,指出北宜直鐵若穿越集水區,將造成難以回復的永久性傷害,未來雙北市民在枯旱期可能要經常面臨限水。
翡管局表示,當年國道五號施工期間,造成翡翠水庫水質共四十六個月總磷測值達優養等級,卡爾森優養指數(CTSI)超過優養化也高達十個月,代表水質嚴重惡化。 1991 年至 2006 年施工期間,翡翠水庫平均年淤積量高達 88.21 萬立方公尺, 2006 年完工通車後, 2007 年至去年水庫年平均淤積量降低至 33.86 萬立方公尺。
翡管局表示,顯見北宜高確實是造成水庫淤積量大增的主要元凶,對於造成翡翠水庫庫容減損、有效蓄水量的降低,均難以回復。此外,翡翠水庫集水區地下水脈極為複雜,是水庫旱季之主要水量來源。

   

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Le Capital au XXIe siècle

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薯條革命
       

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從十死囚中勾選   羅瑩雪首度開鍘   夜刑槍決五囚 2014 年 04 月 30 日 04:09 《中國時報》 陳志賢/台北報導
法務部繼去年四月十九日(請參考〈二○一三年四月二十號新聞〉)槍決六名死囚後,事隔一年又十天,昨天傍晚再度執行死刑,分別在台北、台中、台南及花蓮四地槍決鄧國樑、戴文慶、劉炎國、杜明雄、杜明郎五名死囚。這是法務部長羅瑩雪去年九月底上任後首度執行死刑令。
五犯共奪十一條人命
羅瑩雪是在前天上班時,從檢察司所提供十名死囚名單中,勾選出鄧國樑等五名死囚,並在下班前簽准五人死刑令。
法務部政次陳明堂說,五名死囚共奪走十一條人命,造成四人受傷、三十多人財物被搶;其中台南杜明雄、杜明郎兄弟,殺害五人最多,其餘三人每人都各奪走兩條人命。
陳明堂說,五人的犯案動機,包括為逞獸慾對婦女強制性交而殺人,或為奪取非份之財忘恩負義濫殺無辜,甚至少女、幼童亦不放過,其手段冷酷殘暴,泯滅人性,使被害人受盡痛苦折磨而死,被害家屬陷入永難撫平的悲痛,判死定讞,法務部有依法執行以實現社會正義的責任。
法部撇清政治動機
針對外界質疑選在學運、核四爭議期間執行死刑,是為轉移各界對馬政府不滿情緒。陳明堂強調,法務部從年初就已審慎考量再執行死刑,並依歷年民調中有超過七成民眾支持執行死刑,法務部承受依法行政、依法執行的壓力,絕無政治動機,也與核四及學運無關。
至於今年是否再執行死刑?陳低調說沒有時間表,「不能保證今年只有這次」、「無法說明今年是否還有第二次」。
最高檢察署昨早聯絡高檢署、台中、台南、花蓮高分檢署,統一在傍晚六時同步執行死刑,其中鄧國樑在台北監獄刑場執行、劉炎國在台中監獄執行、杜明郎、杜明雄在台南監獄槍決、戴文慶則在花蓮監獄伏法。
兩囚上書盡速執行
法務部指出,五人中有人早受不了死刑煎熬,一心求死,其中劉炎國曾兩度求死,他在羅瑩雪上任後就寫信向羅請求法務部盡速執行死刑,是羅上任後所收到的第一位死囚求死陳情書。另戴文慶也曾在去年向法務部陳情求死。
五名死刑犯中,無人曾簽下捐贈器官同意書,因此昨沒有進行任何器官捐贈。
馬英九總統上任後,除王清峰任內不執行死刑外,迄今已執行五波死刑,槍決二十六人。目前全國仍有四十七名死囚;其中陳憶隆、黃春棋二死囚因共犯徐自強聲請再審,暫時無法執行死刑,因此有四十五名死囚待執行。

  請參考〈二○一三年四月二十號新聞

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 稱聲請再審  杜氏兄弟多活四十分鐘 《中國時報》 2014 年 04 月 30 日 04:09 周曉婷、洪榮志、蕭博文、陳志賢/綜合報導
在大陸殺死兩名台商與三名大陸人的死囚杜明郎、杜明雄兄弟,昨晚伏法,兄弟倆都一槍斃命。行刑前,兩人分別抽了五根黃長壽菸,檢察官確認人別身分後,兩兄弟簡短交代遺言,兩槍後兄弟相偕步上黃泉路。
法務部昨日同步槍決杜明郎等五死囚,但杜明郎兄弟卻突然表示已聲請再審,企圖槍下留人逃死;法務部再次審核,確認杜姓兄弟並無聲請再審下令執行,這一查證讓杜姓兄弟多活四十分鐘,成為昨日最晚伏法的死囚。
昨另有律師為死囚劉炎國聲請非常上訴,一小時就遭駁回。劉一心求死,坦然面對制裁。
昨最早伏法的死囚鄧國樑約在晚間六時十八分遭槍決,台南檢方為等待法務部最後的確認結果,讓杜姓兄弟延遲踏進刑場,最後於晚間七時許槍決兩人。
劫財殘殺五人 接連伏法
行刑前,兄弟倆並排坐椅子上,所方為他們準備的最後一餐是外賣便當,但未食用,他們向法警要了黃色長壽菸,兄弟邊抽菸邊大聲交談。十餘分鐘後,檢方確認兩人人別身分,兩人才輕聲與檢察官對話,簡短交待遺言。
兩人坐椅子上施打麻醉針,陷入昏迷再由法警抬到刑場,七時十分,趴在右側的杜明郎先執行槍決,中彈瞬間一度朝左側翻,但迅即趴回棉被上動也不動,杜明雄中彈後毫無反應。兩人中彈後手腳沒顫抖反應,令行刑人員印象深刻。七時三十分,檢察官確認兩人死亡,分由兩輛救護車將遺體運往殯儀館交家屬善後。
民國 85 年間,台南市民杜清水(民國 99 年羈押在台南看守所病死結案)因經營熔煉業虧損,透過友人介紹前往大陸廣東佛山投靠經營五金化工廠的台商葉進丁、葉明義兄弟。葉家兄弟基於同鄉情誼除熱情接待外,還免費提供他食宿兩年多。
沒想到,杜某獲知葉明義的房間保險櫃存有大筆現金,恩將仇報於民國 90 年 7 月 16 日凌晨,夥同兒子杜明郎(今年 41 歲)、杜明雄(今年 38 歲)闖入公司,先殺害大陸保全田學伍、伍遠寨,再潛入辦公大樓二樓,綑綁葉明義、侯國利及大陸籍熊姓少女。
一審無罪 六度更審都判死
心狠手辣的杜氏父子,一刀殺死熊女,逼迫葉、侯兩人交出保險櫃鑰匙,劫得人民幣 247 萬元後殺人滅口。臨行取走房內的錄影帶,當天即逃回台灣。
鑑於此案發生在大陸,加上杜氏父子被認定涉案的直接物證,僅命案現場綑綁死者封口膠帶上的關鍵指紋,導致一、二審法官對證據力的認定出現重大歧異。
不過,此案纏訟十一年,歷經六度發回更審。除一審以大陸採證不足判決無罪外,從二審到更六審都維持死刑判決。
最後,最高法院認為,杜明郎、杜明雄兄弟為了劫財,竟然以殘暴冷酷的手段,一夜之間殺害五條人命,刀刀深及頸動脈,冷血、泯滅人性,於民國 101 年 3 月 7 日將兩兄弟判處死刑定讞。

   

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上面第一張圖,其實是最大張的、寬達一千零一十二畫素;但是,因為本天空部落只能顯示到寬達五百五十二畫素,所以必須要用滑鼠直接點第一張大圖,才能看得到全貌。要不然,就是看第二跟第三張圖,是第一張最大圖被我從中間拆成右、左兩塊,看細節是能夠看得很清楚,但就不是一個全貌了。

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《世界人權宣言》撰述人計有:加拿大人約翰˙彼德斯˙韓福瑞(John PETERS HUMPHREY),時為聯合國人權部主任;美國人安娜˙愛蕾雅諾˙羅斯福(Anna Eleanor ROOSEVELT),時為聯合國人權宣言編寫委員會主席;黎巴嫩人查爾斯˙馬利克(Charles MALIK),時為聯合國人權委員會報告人;法國人昂黎˙洛吉耶(Henri LAUGIER),時為辦公室主任;法國人史鐵番˙埃塞耳(Stéphane HESSEL),時為聯合國副秘書長及聯合國人權委員會秘書長;法國人何內˙卡三(René CASSIN),時為聯合國人權委員會委員。

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法務部於昨日批准杜明郎、杜明雄、劉炎國、戴文慶、鄧國樑等五名死刑犯之執行,今日下午六點十八分起,分別在法務部矯正署台北、台中、台南、花蓮監獄刑場執行,檢察官會同法醫師覆驗確認死亡,完成執行程序。執行前係先以麻醉使受刑人失去知覺,以符合人道精神。
  本次執行前,最高法院檢察署檢察官先依法務部「審核死刑案件執行實施要點」,審查在監死刑犯有無聲請再審、非常上訴、司法院大法官解釋及心神喪失等應停止執行之情形,再連同卷證陳報法務部。法務部部長請三位次長、主任秘書、法制司司長、檢察司司長及承辦人員分別檢閱卷證後,五次召集會議,重複審查有無任何不應或不宜執行之狀況,並向總統府確認有無人獲得赦免。最後參酌案發時間之遠近、對被害人及其家屬造成之傷痛與損害、危害社會治安之嚴重程度等,決定優先執行上述五人。審查過程,極為慎重嚴密。
  杜明郎等五人分別犯強盜殺人、強制性交故意殺人及殺人等罪,導致十一人死亡,四人受傷,三十餘人財物被搶(詳如附件)。每件少則二人死亡,多則五人。犯案動機或為逞獸慾對婦女強制性交而殺人,或為奪取非份之財忘恩負義濫殺無辜,甚至少女、幼童亦不放過。手段冷酷殘暴,泯滅人性,使被害人受盡痛苦折磨而死,被害人家屬陷入永難撫平之悲痛,社會大眾驚恐不安對治安喪失信心,嚴重破壞社會秩序,判處死刑定讞,法務部自有依法執行以實現社會正義之責任。
關於執行死刑與人權公約之說明
  公民與政治權利國際公約揭示生命權為首要人權,並未否定國家在廢除死刑之前,依法執行死刑之合法性,僅要求各國慎重使用死刑,將死刑限用於「殘害人群」或「犯罪情節重大」之罪。聯合國經濟及社會理事會批准之「保障死刑犯人權之保證條款」亦主張在未廢除死刑的國家,只有故意造成死亡或其他極端重大結果的犯罪可判處死刑。我國目前未廢除死刑,此次執行之五名死刑犯所犯之罪,均符合此等條件。
  國際人權專家建議政府「加強努力朝向廢除死刑」、「確保判處及執行死刑之相關程序與保護措施均被謹慎遵守」,並未要求政府立即廢除死刑。本次執行案件均歷經三審法院,分別由十九名至六十七名法官,依刑事訴訟法規定詳細審閱證據,就程序及實體事項均充分調查,有律師辯護,且受審級利益保障,最後判決確定。法務部於反覆審查,確定救濟途徑已窮,無任何可暫停執行之法律依據後,方批准執行,對死刑犯之人權保障程序已臻完備,符合上述審慎遵守保護措施之原則。
法務部關於執行死刑之立場
  廢除死刑是近年來之國際趨勢,也是法務部長期努力之方向。惟死刑之存在,與國家政治、社會、歷史、文化等複雜因素有關,廢死非一蹴可幾,由英、法、瑞士、義大利等歐盟國家,費時數十年甚至數百年,方達成此目標,即可證明。目前國人仍有七至八成贊成維持死刑,反對者可透過研討、辯論等公開對話之方式,加強推動廢死之力量。在社會達成共識並修法廢除死刑前,法務部僅能以最審慎之態度處理,無拒絕執行之空間。
  目前我國的刑事政策,是「維持死刑,但減少使用」,以兼顧捍衛社會正義及保障人權。在減少使用方面,法務部全面檢修唯一死刑之法律規定,就相對死刑之法律亦持續檢討修正,同時強化被害人保護,推動修復式司法,加強人權觀念宣導。司法院督促各級法院審慎判處死刑,最高法院並決定所有判處死刑之案件,均經過言詞辯論,以期慎重周延,足見我國對於減少死刑使用之用心及努力。
  在廢死目標尚未實現之此刻,法務部誠懇籲請反對死刑團體本諸同理心,考量部分死刑犯求死意志堅強,體察被害人家屬長期等待司法正義所受煎熬,體諒法務部在法律救濟途徑已窮之情形下必須依法行政之立場,同時理解,人權保障固為普世價值,惟刑事政策必須兼顧被害人人權,維持法律最後手段之嚴厲性,發揮刑罰抗衡犯罪之功能,才能維護社會秩序安定,保障絕大多數善良百姓的安全與福祉。

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Modiano à Stockholm : « Le romancier est une sorte de voyant » Le Monde.fr | 07.12.2014 à 17h38 • Mis à jour le 08.12.2014 à 09h18 |
Modiano prononçant un discours ! Depuis l’annonce de l’attribution du prix Nobel de littérature à l’écrivain français, le 9 octobre, ses fidèles se demandaient comment il viendrait à bout de cette épreuve imposée, lui qui a tant de mal à finir ses phrases, et qui évite le plus possible de prendre la parole en public.
A Stockholm, ce dimanche 7 décembre, le lauréat a brillamment relevé le défi. Les yeux rivés sur son pupitre, il a prononcé dans les locaux de l’Académie suédoise, au cœur de la vieille ville, un discours d’une quarantaine de minutes. Un grand moment de littérature, dans lequel l’écrivain s’exprime sur ce qui est essentiel à ses yeux : l’écriture, la mémoire et l’oubli. Ce texte, l’un de ses plus beaux et de ses plus forts, sera prochainement publié en un petit volume par son éditeur, Gallimard.
D’emblée, Patrick Modiano évoque son appréhension à discourir, ses difficultés d’élocution, sa « parole hésitante, à cause de son habitude de raturer ses écrits ». Il souligne aussi combien un romancier est « aveugle vis-à-vis de ses propres livres » : « Les lecteurs en savent plus long que lui sur ce qu’il écrit. »
« Vous ne pouvez pas faire marche arrière »
Ces réserves posées, l’auteur de La Place de l’étoile revient sur ce qui le pousse à écrire, livre après livre, depuis 1968. « C’est un peu comme d’être au volant d’une voiture, la nuit, en hiver et rouler sur le verglas, sans aucune visibilité, dit-il. Vous n’avez pas le choix, vous ne pouvez pas faire marche arrière, vous devez continuer d’avancer en vous disant que la route finira bien par être plus stable et que le brouillard se dissipera. »
Plus loin, en référence à Rimbaud mais aussi à son « cousin lointain » le peintre Modigliani, il présente l’artiste comme « une sorte de voyant et même de visionnaire ». Son rôle, celui du romancier en particulier, consiste à dévoiler le « mystère » et la « phosphorescence » qui se cachent au fond de chaque personne.
Modiano évoque aussi deux des thèmes majeurs qui nourrissent toute son œuvre : Paris et l’Occupation allemande. « Je ne voudrais pas vous ennuyer avec mon cas personnel, s’excuse-t-il, mais je crois que certains épisodes de mon enfance ont servi de matrice à mes livres, plus tard. »
Des épisodes souvent liés justement à Paris et à l’Occupation, cette « nuit originelle » qui a permis à ses parents de se rencontrer, et dont, lui qui est né en 1945, se sent directement issu. « Les personnes qui ont vécu dans ce Paris-là ont voulu très vite l’oublier, note-t-il. Mais devant les silences de nos parents, nous avons tout deviné, comme si nous l’avions vécu. »
« Faire resurgir quelques mots à moitié effacés »
Lutter sans cesse contre l’amnésie et l’oubli, tel est pour l’auteur de Dora Bruder et d’Un Pedigree le sens même de son travail.
Les jurés du prix Nobel l’avaient présenté en octobre comme « le Proust de notre temps ». L’intéressé corrige un peu la formule. « J’ai l’impression qu’aujourd’hui la mémoire est beaucoup moins sûre d’elle-même » qu’à l’époque de Marcel Proust, et que la recherche du temps perdu se heurte à une « masse d’oubli qui recouvre tout. »
Faute de pouvoir recréer le passé dans ses moindres détails, Modiano entend plus modestement « faire resurgir quelques mots à moitié effacés, comme ces icebergs perdus qui dérivent à la surface de l’océan. » Une superbe formule qui pourrait résumer l’ensemble de son œuvre.
Après ces derniers mots, l’écrivain est resté plusieurs secondes encore les yeux sur son texte, dans un étonnant silence. Puis il a fini par relever le visage, et regarder pour la première fois la salle, tout en faisant un geste des bras, comme pour dire : « voilà, c’est tout ce que j’avais dans mon sac » et se soumettre enfin au verdict du public. A ce signal, les applaudissements ont fusé. Une gerbe de fleurs a été apportée à Dominique Zehrfuss, l’épouse de Patrick Modiano, qui était assise au premier rang. Le lauréat, lui, s’est vite éclipsé en coulisses.

   Par Denis Cosnard (Stockholm, Suède, envoyé spécial)

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Paris sous l’Occupation, une ville qui « semblait absente d’elle-même »
Ville étrange que ce Paris de l’Occupation. En apparence, la vie continuait, « comme avant » : les théâtres, les cinémas, les salles de music-hall, les restaurants étaient ouverts. On entendait des chansons à la radio. Il y avait même dans les théâtres et les cinémas beaucoup plus de monde qu’avant-guerre, comme si ces lieux étaient des abris où les gens se rassemblaient et se serraient les uns contre les autres pour se rassurer. Mais des détails insolites indiquaient que Paris n’était plus le même qu’autrefois. à cause de l’absence des voitures, c’était une ville silencieuse – un silence où l’on entendait le bruissement des arbres, le claquement de sabots des chevaux, le bruit des pas de la foule sur les boulevards et le brouhaha des voix. Dans le silence des rues et du black-out qui tombait en hiver vers cinq heures du soir et pendant lequel la moindre lumière aux fenêtres était interdite, cette ville semblait absente à elle-même – la ville « sans regard », comme disaient les occupants nazis. Les adultes et les enfants pouvaient disparaître d’un instant à l’autre, sans laisser aucune trace, et même entre amis, on se parlait à demi-mot et les conversations n’étaient jamais franches, parce qu’on sentait une menace planer dans l’air.
Dans ce Paris de mauvais rêve, où l’on risquait d’être victime d’une dénonciation et d’une rafle à la sortie d’une station de métro, des rencontres hasardeuses se faisaient entre des personnes qui ne se seraient jamais croisées en temps de paix, des amours précaires naissaient à l’ombre du couvre-feu sans que l’on soit sûr de se retrouver les jours suivants. Et c’est à la suite de ces rencontres souvent sans lendemain, et parfois de ces mauvaises rencontres, que des enfants sont nés plus tard. Voilà pourquoi le Paris de l’Occupation a toujours été pour moi comme une nuit originelle. Sans lui je ne serais jamais né. Ce Paris-là n’a cessé de me hanter et sa lumière voilée baigne parfois mes livres.
Voilà aussi la preuve qu’un écrivain est marqué d’une manière indélébile par sa date de naissance et par son temps, même s’il n’a pas participé d’une manière directe à l’action politique, même s’il donne l’impression d’être un solitaire, replié dans ce qu’on appelle « sa tour d’ivoire ». Et s’il écrit des poèmes, ils sont à l’image du temps où il vit et n’auraient pas pu être écrits à une autre époque.
Ainsi le poème de Yeats, ce grand écrivain irlandais, dont la lecture m’a toujours profondément ému : Les cygnes sauvages à Coole. Dans un parc, Yeats observe des cygnes qui glissent sur l’eau :
Le dix-neuvième automne est descendu sur moi
Depuis que je les ai comptés pour la première fois ;
Je les vis, avant d'en avoir pu finir le compte
Ils s'élevaient soudain
Et s'égayaient en tournoyant en grands cercles brisés
Sur leurs ailes tumultueuses
Mais maintenant ils glissent sur les eaux tranquilles
Majestueux et pleins de beauté.
Parmi quels joncs feront-ils leur nid,
Sur la rive de quel lac, de quel étang
Enchanteront-ils d'autres yeux lorsque je m'éveillerai
Et trouverai, un jour, qu'ils se sont envolés ?

Les cygnes apparaissent souvent dans la poésie du XIXe siècle – chez Baudelaire ou chez Mallarmé. Mais ce poème de Yeats n’aurait pas pu être écrit au XIXe siècle. Par son rythme particulier et sa mélancolie, il appartient au XXe siècle et même à l’année où il a été écrit.
Il arrive aussi qu’un écrivain du XXIe siècle se sente, par moments, prisonnier de son temps et que la lecture des grands romanciers du XIXe siècle – Balzac, Dickens, Tolstoï, Dostoïevski – lui inspire une certaine nostalgie. À cette époque-là, le temps s’écoulait d’une manière plus lente qu’aujourd’hui et cette lenteur s’accordait au travail du romancier car il pouvait mieux concentrer son énergie et son attention. Depuis, le temps s’est accéléré et avance par saccades, ce qui explique la différence entre les grands massifs romanesques du passé, aux architectures de cathédrales, et les œuvres discontinues et morcelées d’aujourd’hui. Dans cette perspective, j’appartiens à une génération intermédiaire et je serais curieux de savoir comment les générations suivantes qui sont nées avec l’internet, le portable, les mails et les tweets exprimeront par la littérature ce monde auquel chacun est « connecté » en permanence et où les « réseaux sociaux » entament la part d’intimité et de secret qui était encore notre bien jusqu’à une époque récente – le secret qui donnait de la profondeur aux personnes et pouvait être un grand thème romanesque. Mais je veux rester optimiste concernant l’avenir de la littérature et je suis persuadé que les écrivains du futur assureront la relève comme l’a fait chaque génération depuis Homère…
Et d’ailleurs, un écrivain, comme tout autre artiste, a beau être lié à son époque de manière si étroite qu’il n’y échappe pas et que le seul air qu’il respire, c’est ce qu’on appelle « l’air du temps », il exprime toujours dans ses œuvres quelque chose d’intemporel. Dans les mises en scène des pièces de Racine ou de Shakespeare, peu importe que les personnages soient vêtus à l’antique ou qu’un metteur en scène veuille les habiller en bluejeans et en veste de cuir. Ce sont des détails sans importance. On oublie, en lisant Tolstoï, qu’Anna Karénine porte des robes de 1870 tant elle nous est proche après un siècle et demi. Et puis certains écrivains, comme Edgar Poe, Melville ou Stendhal, sont mieux compris deux cents ans après leur mort que par ceux qui étaient leurs contemporains.
« Tolstoï se confondait avec le ciel et le paysage qu’il décrivait »
En définitive, à quelle distance exacte se tient un romancier ? En marge de la vie pour la décrire, car si vous êtes plongé en elle – dans l’action – vous en avez une image confuse. Mais cette légère distance n’empêche pas le pouvoir d’identification qui est le sien vis-à-vis de ses personnages et celles et ceux qui les ont inspirés dans la vie réelle. Flaubert a dit : « Madame Bovary, c’est moi ». Et Tolstoï s’est identifié tout de suite à celle qu’il avait vue se jeter sous un train une nuit, dans une gare de Russie. Et ce don d’identification allait si loin que Tolstoï se confondait avec le ciel et le paysage qu’il décrivait et qu’il absorbait tout, jusqu’au plus léger battement de cil d’Anna Karénine. Cet état second est le contraire du narcissisme car il suppose à la fois un oubli de soi-même et une très forte concentration, afin d’être réceptif au moindre détail. Cela suppose aussi une certaine solitude. Elle n’est pas un repli sur soi-même, mais elle permet d’atteindre à un degré d’attention et d’hyper-lucidité vis-à-vis du monde extérieur pour le transposer dans un roman.
J’ai toujours cru que le poète et le romancier donnaient du mystère aux êtres qui semblent submergés par la vie quotidienne, aux choses en apparence banales, – et cela à force de les observer avec une attention soutenue et de façon presque hypnotique. Sous leur regard, la vie courante finit par s’envelopper de mystère et par prendre une sorte de phosphorescence qu’elle n’avait pas à première vue mais qui était cachée en profondeur. C’est le rôle du poète et du romancier, et du peintre aussi, de dévoiler ce mystère et cette phosphorescence qui se trouvent au fond de chaque personne. Je pense à mon cousin lointain, le peintre Amedeo Modigliani dont les toiles les plus émouvantes sont celles où il a choisi pour modèles des anonymes, des enfants et des filles des rues, des servantes, de petits paysans, de jeunes apprentis. Il les a peints d’un trait aigu qui rappelle la grande tradition toscane, celle de Botticelli et des peintres siennois du Quattrocento. Il leur a donné ainsi – ou plutôt il a dévoilé – toute la grâce et la noblesse qui étaient en eux sous leur humble apparence. Le travail du romancier doit aller dans ce sens-là. Son imagination, loin de déformer la réalité, doit la pénétrer en profondeur et révéler cette réalité à elle-même, avec la force des infrarouges et des ultraviolets pour détecter ce qui se cache derrière les apparences. Et je ne serais pas loin de croire que dans le meilleur des cas le romancier est une sorte de voyant et même de visionnaire. Et aussi un sismographe, prêt à enregistrer les mouvements les plus imperceptibles.
J’ai toujours hésité avant de lire la biographie de tel ou tel écrivain que j’admirais. Les biographes s’attachent parfois à de petits détails, à des témoignages pas toujours exacts, à des traits de caractère qui paraissent déconcertants ou décevants et tout cela m’évoque ces grésillements qui brouillent certaines émissions de radio et rendent inaudibles les musiques ou les voix. Seule la lecture de ses livres nous fait entrer dans l’intimité d’un écrivain et c’est là qu’il est au meilleur de lui-même et qu’il nous parle à voix basse sans que sa voix soit brouillée par le moindre parasite.
Mais en lisant la biographie d’un écrivain, on découvre parfois un événement marquant de son enfance qui a été comme une matrice de son œuvre future et sans qu’il en ait eu toujours une claire conscience, cet événement marquant est revenu, sous diverses formes, hanter ses livres. Aujourd’hui, je pense à Alfred Hitchcock, qui n’était pas un écrivain mais dont les films ont pourtant la force et la cohésion d’une œuvre romanesque. Quand son fils avait cinq ans, le père d’Hitchcock l’avait chargé d’apporter une lettre à un ami à lui, commissaire de police. L’enfant lui avait remis la lettre et le commissaire l’avait enfermé dans cette partie grillagée du commissariat qui fait office de cellule et où l’on garde pendant la nuit les délinquants les plus divers. L’enfant, terrorisé, avait attendu pendant une heure, avant que le commissaire ne le délivre et ne lui dise : « Si tu te conduis mal dans la vie, tu sais maintenant ce qui t’attend. » Ce commissaire de police, qui avait vraiment de drôles de principes d’éducation, est sans doute à l’origine du climat de suspense et d’inquiétude que l’on retrouve dans tous les films d’Alfred Hitchcock.
« C’est beaucoup plus tard que mon enfance m’a paru énigmatique »
Je ne voudrais pas vous ennuyer avec mon cas personnel mais je crois que certains épisodes de mon enfance ont servi de matrice à mes livres, plus tard. Je me trouvais le plus souvent loin de mes parents, chez des amis auxquels ils me confiaient et dont je ne savais rien, et dans des lieux et des maisons qui se succédaient. Sur le moment, un enfant ne s’étonne de rien, et même s’il se trouve dans des situations insolites, cela lui semble parfaitement naturel. C’est beaucoup plus tard que mon enfance m’a paru énigmatique et que j’ai essayé d’en savoir plus sur ces différentes personnes auxquelles mes parents m’avaient confié et ces différents lieux qui changeaient sans cesse. Mais je n’ai pas réussi à identifier la plupart de ces gens ni à situer avec une précision topographique tous ces lieux et ces maisons du passé. Cette volonté de résoudre des énigmes sans y réussir vraiment et de tenter de percer un mystère m’a donné l’envie d’écrire, comme si l’écriture et l’imaginaire pourraient m’aider à résoudre enfin ces énigmes et ces mystères.
Et puisqu’il est question de « mystères », je pense, par une association d’idées, au titre d’un roman français du XIXe siècle : Les mystères de Paris. La grande ville, en l’occurrence Paris, ma ville natale, est liée à mes premières impressions d’enfance et ces impressions étaient si fortes que, depuis, je n’ai jamais cessé d’explorer les « mystères de Paris ». Il m’arrivait, vers neuf ou dix ans, de me promener seul, et malgré la crainte de me perdre, d’aller de plus en plus loin, dans des quartiers que je ne connaissais pas, sur la rive droite de la Seine. C’était en plein jour et cela me rassurait. Au début de l’adolescence, je m’efforçais de vaincre ma peur et de m’aventurer la nuit, vers des quartiers encore plus lointains, par le métro. C’est ainsi que l’on fait l’apprentissage de la ville et, en cela, j’ai suivi l’exemple de la plupart des romanciers que j’admirais et pour lesquels, depuis le XIXe siècle, la grande ville – qu’elle se nomme Paris, Londres, Saint-Pétersbourg, Stockholm – a été le décor et l’un des thèmes principaux de leurs livres.
Edgar Poe dans sa nouvelle L’homme des foules a été l’un des premiers à évoquer toutes ces vagues humaines qu’il observe derrière les vitres d’un café et qui se succèdent interminablement sur les trottoirs. Il repère un vieil homme à l’aspect étrange et il le suit pendant la nuit dans différents quartiers de Londres pour en savoir plus long sur lui. Mais l’inconnu est « l’homme des foules » et il est vain de le suivre, car il restera toujours un anonyme, et l’on n’apprendra jamais rien sur lui. Il n’a pas d’existence individuelle, il fait tout simplement partie de cette masse de passants qui marchent en rangs serrés ou bien se bousculent et se perdent dans les rues.
« Grâce à la topographie d’une ville, c’est toute votre vie qui vous revient à la mémoire »
Et je pense aussi à un épisode de la jeunesse du poète Thomas De Quincey, qui l’a marqué pour toujours. À Londres, dans la foule d’Oxford Street, il s’était lié avec une jeune fille, l’une de ces rencontres de hasard que l’on fait dans une grande ville. Il avait passé plusieurs jours en sa compagnie et il avait dû quitter Londres pour quelque temps. Ils étaient convenus qu’au bout d’une semaine, elle l’attendrait tous les soirs à la même heure au coin de Tichfield Street. Mais ils ne se sont jamais retrouvés. « Certainement nous avons été bien des fois à la recherche l’un de l’autre, au même moment, à travers l’énorme labyrinthe de Londres ; peut-être n’avons-nous été séparés que par quelque 18 mètres – il n’en faut pas davantage pour aboutir à une séparation éternelle. »
Pour ceux qui y sont nés et y ont vécu, à mesure que les années passent, chaque quartier, chaque rue d’une ville, évoque un souvenir, une rencontre, un chagrin, un moment de bonheur. Et souvent la même rue est liée pour vous à des souvenirs successifs, si bien que grâce à la topographie d’une ville, c’est toute votre vie qui vous revient à la mémoire par couches successives, comme si vous pouviez déchiffrer les écritures superposées d’un palimpseste. Et aussi la vie des autres, de ces milliers et milliers d’inconnus, croisés dans les rues ou dans les couloirs du métro aux heures de pointe.
C’est ainsi que dans ma jeunesse, pour m’aider à écrire, j’essayais de retrouver de vieux annuaires de Paris, surtout ceux où les noms sont répertoriés par rues avec les numéros des immeubles. J’avais l’impression, page après page, d’avoir sous les yeux une radiographie de la ville, mais d’une ville engloutie, comme l’Atlantide, et de respirer l’odeur du temps. à cause des années qui s’étaient écoulées, les seules traces qu’avaient laissées ces milliers et ces milliers d’inconnus, c’était leurs noms, leurs adresses et leurs numéros de téléphone. Quelquefois, un nom disparaissait, d’une année à l’autre. Il y avait quelque chose de vertigineux à feuilleter ces anciens annuaires en pensant que désormais les numéros de téléphone ne répondraient pas. Plus tard, je devais être frappé par les vers d’un poème d’Ossip Mandelstam :
Je suis revenu dans ma ville familière jusqu'aux sanglots
Jusqu'aux ganglions de l'enfance, jusqu'aux nervures sous la peau.
Pétersbourg ! [...]
De mes téléphones, tu as les numéros.
Pétersbourg ! J'ai les adresses d'autrefois
Où je reconnais les morts à leurs voix.

Oui, il me semble que c’est en consultant ces anciens annuaires de Paris que j’ai eu envie d’écrire mes premiers livres. Il suffisait de souligner au crayon le nom d’un inconnu, son adresse et son numéro de téléphone et d’imaginer quelle avait été sa vie, parmi ces centaines et ces centaines de milliers de noms.
On peut se perdre ou disparaître dans une grande ville. On peut même changer d’identité et vivre une nouvelle vie. On peut se livrer à une très longue enquête pour retrouver les traces de quelqu’un, en n’ayant au départ qu’une ou deux adresses dans un quartier perdu. La brève indication qui figure quelquefois sur les fiches de recherche a toujours trouvé un écho chez moi : Dernier domicile connu. Les thèmes de la disparition, de l’identité, du temps qui passe sont étroitement liés à la topographie des grandes villes. Voilà pourquoi, depuis le XIXe siècle, elles ont été souvent le domaine des romanciers et quelques-uns des plus grands d’entre eux sont associés à une ville : Balzac et Paris, Dickens et Londres, Dostoïevski et Saint-Pétersbourg, Tokyo et Nagaï Kafû, Stockholm et Hjalmar Söderberg.
J’appartiens à une génération qui a subi l’influence de ces romanciers et qui a voulu, à son tour, explorer ce que Baudelaire appelait « les plis sinueux des grandes capitales ». Bien sûr, depuis cinquante ans, c’est-à-dire l’époque où les adolescents de mon âge éprouvaient des sensations très fortes en découvrant leur ville, celles-ci ont changé. Quelques-unes, en Amérique et dans ce qu’on appelait le tiers-monde, sont devenues des « mégapoles » aux dimensions inquiétantes. Leurs habitants y sont cloisonnés dans des quartiers souvent à l’abandon, et dans un climat de guerre sociale. Les bidonvilles sont de plus en plus nombreux et de plus en plus tentaculaires. Jusqu’au XXe siècle, les romanciers gardaient une vision en quelque sorte « romantique » de la ville, pas si différente de celle de Dickens ou de Baudelaire. Et c’est pourquoi j’aimerais savoir comment les romanciers de l’avenir évoqueront ces gigantesques concentrations urbaines dans des œuvres de fiction.
Être né en 1945 « m’a rendu plus sensible aux thèmes de la mémoire et de l’oubli »
Vous avez eu l’indulgence de faire allusion concernant mes livres à « l’art de la mémoire avec lequel sont évoquées les destinées humaines les plus insaisissables ». Mais ce compliment dépasse ma personne. Cette mémoire particulière qui tente de recueillir quelques bribes du passé et le peu de traces qu’ont laissé sur terre des anonymes et des inconnus est elle aussi liée à ma date de naissance : 1945. D’être né en 1945, après que des villes furent détruites et que des populations entières eurent disparu, m’a sans doute, comme ceux de mon âge, rendu plus sensible aux thèmes de la mémoire et de l’oubli.
Il me semble, malheureusement, que la recherche du temps perdu ne peut plus se faire avec la force et la franchise de Marcel Proust. La société qu’il décrivait était encore stable, une société du XIXe siècle. La mémoire de Proust fait ressurgir le passé dans ses moindres détails, comme un tableau vivant. J’ai l’impression qu’aujourd’hui la mémoire est beaucoup moins sûre d’elle-même et qu’elle doit lutter sans cesse contre l’amnésie et contre l’oubli. À cause de cette couche, de cette masse d’oubli qui recouvre tout, on ne parvient à capter que des fragments du passé, des traces interrompues, des destinées humaines fuyantes et presque insaisissables.
Mais c’est sans doute la vocation du romancier, devant cette grande page blanche de l’oubli, de faire ressurgir quelques mots à moitié effacés, comme ces icebergs perdus qui dérivent à la surface de l’océan.

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Je voudrais vous dire tout simplement combien je suis heureux d’être parmi vous et combien je suis ému de l’honneur que vous m’avez fait en me décernant ce prix Nobel de Littérature.
C’est la première fois que je dois prononcer un discours devant une si nombreuse assemblée et j’en éprouve une certaine appréhension. On serait tenté de croire que pour un écrivain, il est naturel et facile de se livrer à cet exercice. Mais un écrivain – ou tout au moins un romancier – a souvent des rapports difficiles avec la parole. Et si l’on se rappelle cette distinction scolaire entre l’écrit et l’oral, un romancier est plus doué pour l’écrit que pour l’oral. Il a l’habitude de se taire et s’il veut se pénétrer d’une atmosphère, il doit se fondre dans la foule. Il écoute les conversations sans en avoir l’air, et s’il intervient dans celles-ci, c’est toujours pour poser quelques questions discrètes afin de mieux comprendre les femmes et les hommes qui l’entourent. Il a une parole hésitante, à cause de son habitude de raturer ses écrits. Bien sûr, après de multiples ratures, son style peut paraître limpide. Mais quand il prend la parole, il n’a plus la ressource de corriger ses hésitations.
Et puis j’appartiens à une génération où on ne laissait pas parler les enfants, sauf en certaines occasions assez rares et s’ils en demandaient la permission. Mais on ne les écoutait pas et bien souvent on leur coupait la parole. Voilà ce qui explique la difficulté d’élocution de certains d’entre nous, tantôt hésitante, tantôt trop rapide, comme s’ils craignaient à chaque instant d’être interrompus. D’où, sans doute, ce désir d’écrire qui m’a pris, comme beaucoup d’autres, au sortir de l’enfance. Vous espérez que les adultes vous liront. Ils seront obligés ainsi de vous écouter sans vous interrompre et ils sauront une fois pour toutes ce que vous avez sur le cœur.
« Un romancier ne peut jamais être son lecteur »
L’annonce de ce prix m’a paru irréelle et j’avais hâte de savoir pourquoi vous m’aviez choisi. Ce jour-là, je crois n’avoir jamais ressenti de manière aussi forte combien un romancier est aveugle vis-à-vis de ses propres livres et combien les lecteurs en savent plus long que lui sur ce qu’il a écrit. Un romancier ne peut jamais être son lecteur, sauf pour corriger dans son manuscrit des fautes de syntaxe, des répétitions ou supprimer un paragraphe de trop. Il n’a qu’une représentation confuse et partielle de ses livres, comme un peintre occupé à faire une fresque au plafond et qui, allongé sur un échafaudage, travaille dans les détails, de trop près, sans vision d’ensemble.
Curieuse activité solitaire que celle d’écrire. Vous passez par des moments de découragement quand vous rédigez les premières pages d’un roman. Vous avez, chaque jour, l’impression de faire fausse route. Et alors, la tentation est grande de revenir en arrière et de vous engager dans un autre chemin. Il ne faut pas succomber à cette tentation mais suivre la même route. C’est un peu comme d’être au volant d’une voiture, la nuit, en hiver et rouler sur le verglas, sans aucune visibilité. Vous n’avez pas le choix, vous ne pouvez pas faire marche arrière, vous devez continuer d’avancer en vous disant que la route finira bien par être plus stable et que le brouillard se dissipera.
Sur le point d’achever un livre, il vous semble que celui-ci commence à se détacher de vous et qu’il respire déjà l’air de la liberté, comme les enfants, dans la classe, la veille des grandes vacances. Ils sont distraits et bruyants et n’écoutent plus leur professeur. Je dirais même qu’au moment où vous écrivez les derniers paragraphes, le livre vous témoigne une certaine hostilité dans sa hâte de se libérer de vous. Et il vous quitte à peine avez-vous tracé le dernier mot. C’est fini, il n’a plus besoin de vous, il vous a déjà oublié. Ce sont les lecteurs désormais qui le révéleront à lui-même. Vous éprouvez à ce moment-là un grand vide et le sentiment d’avoir été abandonné. Et aussi une sorte d’insatisfaction à cause de ce lien entre le livre et vous, qui a été tranché trop vite. Cette insatisfaction et ce sentiment de quelque chose d’inaccompli vous poussent à écrire le livre suivant pour rétablir l’équilibre, sans que vous y parveniez jamais. à mesure que les années passent, les livres se succèdent et les lecteurs parleront d’une « œuvre ». Mais vous aurez le sentiment qu’il ne s’agissait que d’une longue fuite en avant.
Oui, le lecteur en sait plus long sur un livre que son auteur lui-même. Il se passe, entre un roman et son lecteur, un phénomène analogue à celui du développement des photos, tel qu’on le pratiquait avant l’ère du numérique. Au moment de son tirage dans la chambre noire, la photo devenait peu à peu visible. à mesure que l’on avance dans la lecture d’un roman, il se déroule le même processus chimique. Mais pour qu’il existe un tel accord entre l’auteur et son lecteur, il est nécessaire que le romancier ne force jamais son lecteur – au sens où l’on dit d’un chanteur qu’il force sa voix – mais l’entraîne imperceptiblement et lui laisse une marge suffisante pour que le livre l’imprègne peu à peu, et cela par un art qui ressemble à l’acupuncture où il suffit de piquer l’aiguille à un endroit très précis et le flux se propage dans le système nerveux.
« Chaque nouveau livre, au moment de l’écrire, efface le précédent »
Cette relation intime et complémentaire entre le romancier et son lecteur, je crois que l’on en retrouve l’équivalent dans le domaine musical. J’ai toujours pensé que l’écriture était proche de la musique mais beaucoup moins pure que celle-ci et j’ai toujours envié les musiciens qui me semblaient pratiquer un art supérieur au roman – et les poètes, qui sont plus proches des musiciens que les romanciers. J’ai commencé à écrire des poèmes dans mon enfance et c’est sans doute grâce à cela que j’ai mieux compris la réflexion que j’ai lue quelque part : « C’est avec de mauvais poètes que l’on fait des prosateurs. » Et puis, en ce qui concerne la musique, il s’agit souvent pour un romancier d’entraîner toutes les personnes, les paysages, les rues qu’il a pu observer dans une partition musicale où l’on retrouve les mêmes fragments mélodiques d’un livre à l’autre, mais une partition musicale qui lui semblera imparfaite. Il y aura, chez le romancier, le regret de n’avoir pas été un pur musicien et de n’avoir pas composé Les Nocturnes de Chopin.
Le manque de lucidité et de recul critique d’un romancier vis-à-vis de l’ensemble de ses propres livres tient aussi à un phénomène que j’ai remarqué dans mon cas et dans celui de beaucoup d’autres : chaque nouveau livre, au moment de l’écrire, efface le précédent au point que j’ai l’impression de l’avoir oublié. Je croyais les avoir écrits les uns après les autres de manière discontinue, à coups d’oublis successifs, mais souvent les mêmes visages, les mêmes noms, les mêmes lieux, les mêmes phrases reviennent de l’un à l’autre, comme les motifs d’une tapisserie que l’on aurait tissée dans un demi-sommeil. Un demi-sommeil ou bien un rêve éveillé. Un romancier est souvent un somnambule, tant il est pénétré par ce qu’il doit écrire, et l’on peut craindre qu’il se fasse écraser quand il traverse une rue. Mais l’on oublie cette extrême précision des somnambules qui marchent sur les toits sans jamais tomber.
Dans la déclaration qui a suivi l’annonce de ce prix Nobel, j’ai retenu la phrase suivante, qui était une allusion à la dernière guerre mondiale : « Il a dévoilé le monde de l’Occupation. » Je suis comme toutes celles et ceux nés en 1945, un enfant de la guerre, et plus précisément, puisque je suis né à Paris, un enfant qui a dû sa naissance au Paris de l’Occupation. Les personnes qui ont vécu dans ce Paris-là ont voulu très vite l’oublier, ou bien ne se souvenir que de détails quotidiens, de ceux qui donnaient l’illusion qu’après tout la vie de chaque jour n’avait pas été si différente de celle qu’ils menaient en temps normal. Un mauvais rêve et aussi un vague remords d’avoir été en quelque sorte des survivants. Et lorsque leurs enfants les interrogeaient plus tard sur cette période et sur ce Paris-là, leurs réponses étaient évasives. Ou bien ils gardaient le silence comme s’ils voulaient rayer de leur mémoire ces années sombres et nous cacher quelque chose. Mais devant les silences de nos parents, nous avons tout deviné, comme si nous l’avions vécu.

帕特里克˙莫迪阿諾(Patrick MODIANO)諾貝爾文學獎的授獎演講稿下半段,請點:
http://blog.yam.com/jostar2/article/78800842  
有沒有先看過為什麼帕特里克˙莫迪阿諾(Patrick MODIANO)要被中譯成「帕特里克˙莫迪阿諾」的網誌(及其理由)?
http://blog.yam.com/jostar2/article/78800838  
為什麼不是「派崔克˙蒙迪亞諾」的中文譯名?
請點〈諾貝爾文學獎得主 « Patrick Modiano » 的中文譯名〉
http://blog.yam.com/jostar2/article/78800838  
另外,法國哲學家賈克˙德希達(Jacques DERRIDA)也曾經提到過帕特里克˙莫迪阿諾,滿有趣的。
http://blog.yam.com/jostar2/article/78800839  

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周星星我常常覺得活得不太暢快。就好像是在唱 RACER X 的歌 « Living the Hard Way » ,連要孤狗(GOOGLE)搜尋,都在 « living the Hard Way » 。
周星星我是真實地不知道 « Une nouvelle amie » 的中文片名,而且也沒在意二○一四年的金馬影展。我只記得法國《電視全覽》(Télérama)曾刊出一文讚歎侯曼˙杜黎斯(Romain DURIS)的演出,就再也難忘 « Une nouvelle amie » 這部片的片名。
該談談 « Une nouvelle amie » 這部片的片名。
陰性名詞 « amie » 只是「女生朋友」,女性的「朋友」,跟「女朋友」 « petite amie » 的意義有些不同。
陰性形容詞 « nouvelle » 是「新的」的意思,形容後面的「女生朋友」 « amie » ,所以「新的女生朋友」的意義比較準確,而不是「新的女朋友」。根據《新的女生朋友》(Une nouvelle amie)的劇情簡介,應該是指說侯曼˙杜黎斯所飾演的角色,因為他有變裝癖、變裝成女人,所以「他」變成阿娜伊思˙德慕斯提耶所飾演的角色的「新的女生朋友」。
陰性數量形容詞 « une » 是「一個」的意思,等同於英文的 « a » 、但不等同於英文的 « one » ;這個「一個」,其實也有「某個」的意思,沒必要要硬性地把它中譯成「一個」。
法文片名 « Une nouvelle amie » 直譯成英文是 « A New Girl Friend » ,並非是定冠詞的 « The New Girlfriend » ;而且英文譯字 « girlfriend » 也不夠精準。
為什麼我周星星覺得 « living the Hard Way » ?原來,全台灣會註記 « The New Girlfriend » 的網客、部落客、網路新聞媒體是何其多、多到幾乎就是全部的台灣新聞媒體;而,全台灣會註記 « Une nouvelle amie » 的網路新聞媒體幾乎就是零,會註記 « Une nouvelle amie » 的台灣部落客才只有不到十位而已。怪不得周星星我要搜尋 « Une nouvelle amie » 的中文片名反而是個 « Hard Way » ,反而有點「此路不通」的命運。可是,周星星我終其一生都將只會記住《女朋友的女朋友》的原片名是 « Une nouvelle amie (2014) » ,怎麼辦?
全台灣只有一位部落格格主,就是周星星我,自己在家裡用計算紙默寫土耳其片名 « Kış Uykusu » ,絕對是尋無他人了。而且周星星我還喃喃自語說:我再說什麼也不會有人相信,只有公開開記者會當場默寫出 « Kış Uykusu » ,大家才會信服周星星是說真的。
之前介紹《我是女人》(Je suis femme, 2014)
http://blog.yam.com/jostar2/article/38001304 
《我是女人》改片名為《新的女生朋友》
http://blog.yam.com/jostar2/article/38001305 
《新的女生朋友》中文片名為《女朋友的女朋友》
http://blog.yam.com/jostar2/article/38001306 
阿娜伊思˙德慕斯提耶(Anaïs DEMOUSTIER)阿娜伊思˙德慕斯提耶(Anaïs DEMOUSTIER)/posté le 9 décembre MMXIV

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