En apparence, Christopher Nolan a tout pour rassurer. Un costume trois pièces, noir toujours, une chemise blanche, une raie sur le côté impeccablement lissée. Elevé à Chicago, études de littérature à Londres, moitié anglais, moitié américain.
Les choses se compliquent lorsque le réalisateur, toujours poli et mesuré, lance, entre deux questions qu'on lui pose, d'étranges remarques. "Avez-vous déjà passé des journées sur une plage, une poignée de sable dans la main, à tenter de séparer tous les petits grains ?" avant de poursuivre : "Vous devriez, car chaque petit grain de sable offre sa propre histoire. En tout cas, je raisonne ainsi : en me projetant sur le sable."
De fait, son nouveau film, Inception, qui sort en France mercredi, s'ouvre sur Leonardo DiCaprio sur une plage, la tête dans le sable. L'acteur y incarne un voleur évoluant dans l'univers de l'espionnage industriel, et dont la spécialité consiste à s'approprier les secrets d'un individu, enfouis au plus profond de son subconscient.
LA TÊTE DANS LE SABLE
"Tout commence avec ce visage enfoui dans le sable. Il est entendu que le personnage incarné par DiCaprio, c'est moi. Après tout, qui d'autre saurait compter aussi bien que moi les grains de sable ?" Christopher Nolan offre à ses producteurs hollywoodiens d'autres garanties qu'un costume dont il ne se départ jamais – même lors d'une journée de grande canicule à Paris –, ou cette obsession particulière pour les grains de sable.
Ses films, Batman Begins (2005) et The Dark Knight : le chevalier noir (2008) en tête, rapportent beaucoup d'argent – 500 millions de dollars sur le territoire américain pour Dark Knight, recettes que seul James Cameron, avec Titanic ou Avatar, parvient à excéder. Là encore, on pourrait soupçonner un malentendu. The Dark Knight reste l'un des rares films de superhéros réussis, avec Superman (1978), de Richard Donner, et Batman, le défi (1992), de Tim Burton.
C'est peut-être le seul film de ce genre à résonner ainsi dans l'inconscient de l'Amérique. Le Batman revu par Nolan devient un agent du chaos, qui attire par sa seule présence les truands de l'imaginaire Gotham City. En parfaite résonance avec un soldat engagé, loin de ses bases, en Irak et en Afghanistan, dans la lutte contre le terrorisme. Batman se révèle un héros entaché de culpabilité, fascinant et trouble, figure du salut toujours sur le point de franchir les barrières de l'éthique.
Les films de Christopher Nolan possèdent une autre particularité. En général, on n'y comprend rien. Ou plutôt, en raison de leur narration déstructurée, non linéaire, il faut attendre les dernières minutes du film pour comprendre ce que l'on vient de voir. Memento (2000), son deuxième film, celui qui l'a révélé au grand public, était un polar à l'architecture narrative complexe, au point que le coscénariste du film, Jonathan Nolan, frère du réalisateur, a créé un site Internet pour recueillir les commentaires des fans du film et proposer différentes grilles de lecture.
Memento met en scène un amnésique, Leonard Shelby, atteint d'un syndrome particulier. Il se souvient parfaitement de qui il était, de ce qu'il faisait auparavant, mais c'est l'instant immédiatement passé qui lui échappe. Le quart d'heure précédent. Pour se repérer, Leonard Shelby, à la recherche du violeur et meurtrier de sa femme, se fait tatouer sur le corps des informations – autant de consignes auxquelles il se conforme sans savoir pourquoi. Memento est aussi le film idéal à regarder en DVD, en utilisant le chapitrage pour redécouvrir l'œuvre à l'envers.
La perspective de mettre en scène une histoire trop lisible reste la hantise de Christopher Nolan, plus inquiet que jamais avant la sortie d'Inception. "Etes-vous certain de n'avoir vraiment saisi ce qui se passait qu'à la dernière séquence ? Si vous avez deviné ou, pire, si vous comprenez tout ce qui se passe, le film a manqué sa cible." Etant donné que l'œuvre avance sur la corde raide pendant deux heures et demie et ne trouve toute sa cohérence que dans le dernier plan, le tour de force accompli est magistral.
BORGES POUR MODÈLE
Le réalisateur de Memento a écrit Inception sur une période de dix ans, sachant qu'il avait déjà son sujet en tête à l'âge de 16 ans. Le concept qui a mis tant de temps à germer dans l'esprit du réalisateur consistait à faire cohabiter les films d'espionnage à la James Bond – dont Nolan est friand – avec l'univers de Jorge Luis Borges. "On compare facilement mes histoires avec celles de Philip K. Dick, mais Borges est un écrivain plus symbolique, il est moins difficile de s'en emparer. On compare souvent le cerveau humain à un ordinateur. C'est en réalité une mauvaise analogie car le cerveau a des capacités insoupçonnables, Borges l'avait compris depuis longtemps. Le cerveau reste un territoire idéal à explorer car tout est permis."
Christopher Nolan est détenteur des deux passeports, anglais et américain – "après tout, on ne sait jamais ce qui peut arriver", estime- t-il. La question de sa nationalité importe moins que celle de son territoire. Le metteur en scène se rêve en réalisateur hollywoodien. "Hollywood est un territoire mental, habité autrefois par Orson Welles et Billy Wilder, où l'on s'efforce de faire des films pour le plus grand nombre et, parfois, avec des ambitions artistiques."
Lorsqu'il était beaucoup plus jeune, Christopher Nolan raconte qu'il imaginait Hollywood comme une gigantesque usine installée au bord de la plage. Quand il est arrivé en Californie dans la foulée de Memento, l'usine avait disparu – on ne tourne presque plus à Los Angeles de nos jours, délocalisation oblige. Il restait la plage, et c'était pour Nolan le plus important. Depuis, il trie les grains de sable, tâche dantesque qu'il n'a pas fini de mener à bien.
《蝙蝠俠:開戰時刻》(BATMAN BEGINS, 2005)《頂尖對決》(THE PRESTIGE, 2006)《黑暗騎士》(THE DARK KNIGHT, 2008)《全面啟動》(INCEPTION, 2010)《黑暗騎士:黎明昇起》(THE DARK KNIGHT RISES, 2012)
《跟蹤》(FOLLOWING, 1998)《記憶拼圖》(MEMENTO, 2000)《針鋒相對》(INSOMNIA, 2002)《蝙蝠俠:開戰時刻》(BATMAN BEGINS, 2005)《頂尖對決》(THE PRESTIGE, 2006)《黑暗騎士》(THE DARK KNIGHT, 2008)《黑暗騎士:黎明昇起》(THE DARK KNIGHT RISES, 2012)《星際效應》(INTERSTELLAR, 2014)
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« Interstellar » : pionnier du futur, orphelin du temps passé
LE MONDE | 04.11.2014 à 10h00 • Mis à jour le 05.11.2014 à 08h46 |
Par Jacques Mandelbaum
Attention : film à haut potentiel de fission. La planète critique a commencé de se diviser. Ici se pressent les tenants de l’éblouissement, les apôtres du mariage consommé entre cérébralité auteuriste et spectacle populaire, les zélotes de la plus grande épopée spatiale depuis 2001 : L’Odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick. Là s’agrègent les épingleurs de gloubi-boulga philosophico-scientifique, les parodistes de dialogues à la Buzz l’Eclair (le déjà culte « les êtres du Bulk referment le tesseract »), les réfractaires au sempiternel messianisme patriotique américain ici délayé à la sauce cosmique.
Où se situe Le Monde là-dedans, se demanderont certains, encore qu’un blockbuster soit précisément fait pour se dispenser de ce genre d’inquiétude ? Disons qu’on se trouve au milieu du gué, avec un pied quand même bien planté du côté obscur de la farce. Récapitulons, analysons, argumentons.
Amateur de scénarios alambiqués qui induisent avec une maîtrise jamais relâchée le vacillement de nos repères spatio-temporels (Memento, Le Prestige, Inception), auteur d’une trilogie de Batman particulièrement sombre et sinueuse, Christopher Nolan n’aime rien tant que plier le monde et les hommes à une volonté démiurgique. Le jeu prend avec Interstellar une dimension galactique. Un long prologue en forme d’Americana malade situe le film dans le cadre apocalyptico-catastrophiste qui va si bien au teint de notre époque. En un mot, les plantes étant ravagées par une incoercible épidémie, les ho...
第九部劇情長片《星際效應》(INTERSTELLAR, 2014)
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