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Clément Méric est mort des suites de son agression
Le Monde.fr avec AFP | 06.06.2013 à 14h37 • Mis à jour le 06.06.2013 à 22h41

La police a annoncé jeudi 6 juin dans l'après-midi la mort du jeune militant antifasciste Clément Méric, qui était en état de mort célébrale à la Pitié-Salpêtrière après son agression la veille par des skinheads.

Plus tôt dans la journée, le ministre de l'interieur, Manuel Valls, a annoncé que plusieurs interpellations, dont celle de l'auteur "probable" de l'agression du jeune militant, ont eu lieu jeudi. Selon des sources policières citées par les agences de presse, il s'agit de trois hommes et d'une femme âgés de 20 à 30 ans.

En fin de journée, la police a annoncé l'arrestation de trois nouveaux suspects, portant leur nombre à sept. Les derniers interpellés appartiennent à la mouvance de la droite la plus extrême, plusieurs étant proches du groupuscule des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) et du mouvement affilié de la Troisième Voie. Dans la matinée, le leader des JNR, Serge Ayoub, alias "Batskin", avait réfuté toute implication de son groupe. L'autopsie du corps de Clément Méric aura lieu vendredi matin.

Serge Ayoub, le leader des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), a démenti jeudi toute implication de son groupe : "Je peux mettre ma main à couper" que les JNR "n'ont rien à avoir là-dedans." M. Ayoub, donne sa version, qu'on lui a rapportée, précise-t-il sans en dire plus.

"Trois jeunes hommes et une fille, la copine de l'un des jeunes", se sont rendus mercredi dans une vente privée du quartier de la gare Saint-Lazare. Ce sont "des jeunes qui ont le malheur d'avoir les cheveux trop courts et une marque de blouson qui déplaît à d'autres". "On préférerait mille fois qu'il soit encore vivant", a-t-il affirmé, parlant de Clément Méric.

L'INTENTION DE TUER N'EST "PAS DÉMONTRÉE"

Selon Le Point, le principal suspect a été arrêté "à partir d'écoutes téléphoniques et sur la base des descriptions des témoins oculaires". Selon des policiers cités par l'hebdomadaire, "il ne fait aucun doute qu'il est l'auteur des coups, mais l'intention de tuer n'est pas démontrée".


Des rassemblements de soutien à la victime ont eu lieu dans de nombreuses villes de France, jeudi, dont trois manifestations à Paris, notamment devant l'IEP de la rue Saint-Guillaume, où l'émotion était forte.  Environ trois cents étudiants, les visages graves et les yeux rougis par les larmes, s'étaient retrouvés pour témoigner de leur effroi après cette tragédie, mettant en garde contre toute récupération politique.

TATOUAGES DE CROIX GAMMÉES ET VENTE PRIVÉE

La victime et trois de ses amis se trouvaient dans un appartement de la rue de Caumartin, dans le 9e arrondissement de Paris, mercredi en fin d'après-midi, pour participer à une vente privée de vêtements de marques prisées des jeunes militants à la fois de l'extrême gauche et de l'extrême droite.


Vers 18 heures, deux hommes et une femme arrivent dans l'appartement. Selon les premiers témoignages recueillis par les policiers, ils appartiennent visiblement à la mouvance skinhead : tatouages de croix gammées, sweat-shirt marqués "Blood and Honour", un groupe néo-nazi britannique, etc. Entre les deux groupes, les invectives fusent rapidement. Les militants d'extrême gauche moquent la tenue des nouveaux arrivants.

Dans la rue de Caumartin, une voie piétonne très commerçante située derrière les grands magasins du boulevard Haussmann, les deux groupes se retrouvent ainsi à quatre contre quatre. Mais la rixe ne dure pas longtemps. Clément Méric, qui n'a pas encore commencé à se battre, reçoit un "violent coup de poing", selon les témoins. Le jeune homme, qui est loin d'avoir la carrure de ses adversaires – il est même plutôt frêle –, chute et sa tête heurte un poteau. Il perd connaissance. Rapidement transféré à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris 13e ), il ne se réveillera pas.


Entre-temps, les agresseurs se sont enfuis. Les investigations ont été confiées à la police judiciaire parisienne. Les enquêteurs disposent de la vidéosurveillance, très présente dans la rue, et de nombreux témoignages – le mercredi après-midi, il y a foule. Jeudi matin, les trois amis de la victime n'avaient pas souhaité déposer plainte.
 
 

Un jeune frappé à mort à Paris : la "marque de l'extrême droite"
LE MONDE | 06.06.2013 à 10h54 • Mis à jour le 06.06.2013 à 17h30

Un jeune militant d'extrême gauche âgé de 18 ans est mort, jeudi 6 juin, après une violente altercation avec des skinheads survenue mercredi à Paris. Clément Méric, étudiant à Sciences Po et engagé dans le syndicat Solidaires, est membre d'Action antifasciste. Dans un communiqué, le ministre de l'intérieur, Manuel Valls, a assuré, jeudi matin, de "sa totale détermination à éradiquer cette violence qui porte la marque de l'extrême droite".

La victime et trois de ses amis se trouvaient dans un appartement de la rue de Caumartin, dans le 9e arrondissement de Paris, en fin d'après-midi, pour participer à une vente privée de vêtements de plusieurs marques appréciées par les jeunes militants issus à la fois de l'extrême gauche et de l'extrême droite.

Vers 18 heures, deux hommes et une femme arrivent dans l'appartement. Selon les premiers témoignages recueillis par les policiers, ils appartiennent visiblement à la mouvance skinhead : tatouages de croix gammées, sweat-shirt "Blood and honour", un groupe néo-nazi britannique, etc. Entre les deux groupes, les invectives fusent rapidement. Les militants d'extrême gauche moquent la tenue des nouveaux arrivants.

"VIOLENT COUP DE POING"

Selon une source policière, c'est à ce moment-là que la victime et ses amis – moins identifiables à première vue – révèlent leur engagement politique antifasciste. Quelques minutes plus tard, ils quittent l'appartement, et, les provocations continuant, proposent aux skinheads de venir en découdre dans la rue. Ces derniers appellent du renfort avant de les rejoindre.


Dans la rue de Caumartin, une voie piétonne très commerçante située derrière les Grands Magasins du boulevard Haussmann, les deux groupes se retrouvent ainsi à quatre contre quatre. Mais la rixe ne dure pas longtemps. Clément Méric, qui n'a pas encore commencé à se battre, reçoit un "violent coup de poing", selon les témoins. Le jeune homme, qui est loin d'avoir la carrure de ses adversaires – il est même plutôt frêle –, chute et sa tête heurte un poteau. Il perd connaissance. Rapidement transféré à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris 13e ), il ne se réveillera pas.

Entre-temps, les agresseurs se sont enfuis. Les investigations ont été confiées à la police judiciaire parisienne. Les enquêteurs disposent de la vidéosurveillance, très présente dans la rue, et de nombreux témoignages – le mercredi après-midi, il y a foule. Jeudi matin, les trois amis de la victime n'avaient pas souhaité déposer plainte.

"L'HORREUR FASCISTE VIENT DE TUER EN PLEIN PARIS"

Mais l'agression prend rapidement un tour plus politique lorsque le Parti de gauche est alerté. Alexis Corbière, conseiller de Paris et secrétaire national du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, dénonce dans un communiqué, à 23 heures, "l'horreur fasciste vient de tuer en plein Paris" et désigne le "groupe JNR (Jeune nationaliste révolutionnaire)" – ce qui a été démenti à l'AFP par le leader du JNR, Serge Ayoub. Aucun élément ne permet d'établir, pour l'instant, à quel groupuscule les agresseurs peuvent appartenir.

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, dénonce à sa suite dans un communiqué "l'agression mortelle perpétrée par des militants d'extrême droite""Je souhaite que la police et la justice parviennent à identifier rapidement les coupables et à prendre toutes les mesures qui s'imposent", a-t-il ajouté.


De son côté, Marine Le Pen, présidente du Front national (FN), a rapidement réagi aux accusations portées contre l'extrême droite, en assurant que son parti n'avait "aucun rapport, ni de près ni de loin" avec "ces actes inadmissibles et insupportables""Je m'associe à la peine de ceux qui ont milité avec lui car, même si nous ne partageons pas les mêmes idées, je trouve que c'est épouvantable", a-t-elle déclaré.

Un rassemblement à l'appel du Parti de gauche est prévu, jeudi, à 18 h 30, place Saint-Michel. Le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, a annoncé jeudi que son parti appelait également à y participer.

 
Par Laurent Borredon

Des agressions d'extrême droite en recrudescence

1995  Brahim Bouarram, un jeune Marocain, meurt noyé, le 1er mai, jeté dans la Seine par des skinheads en marge du défilé du FN.

2011  Un couple est agressé à la sortie d'un concert dans un squat de Villeurbanne (Rhône), par un groupe d'extrême droite armé de battes de base-ball et de barres de fer. Grièvement blessées, les victimes obtiennent respectivement 15 et 60 jours d'interruption temporaire de travail (ITT).


2012  En juin, un groupe d'extrême droite en rangers, treillis, et armé de battes de base-ball, mène une descente punitive dans un café de Besançon (Doubs) et passe à tabac un jeune anarchiste. A Toulouse, le chef de file du Bloc identitaire, Matthieu Clique, et un autre membre de cette mouvance sont mis en examen après avoir agressé, dans la nuit du 31 mars au 1er avril, dans le quartier Arnaud-Bernard, un étudiant chilien qui, après avoir été frappé, a subi un traumatisme crânien le laissant hémiplégique.
A Grenoble, six jeunes militants communistes sont agressés à la sortie du local de la fédération de l'Isère du PCF par une quinzaine de militants d'extrême droite armés de barres de fer et de matraques. Un jeune communiste est blessé au visage.

2013  A la suite d'une agression dans le Vieux-Lyon, le 30 mars, trois personnes sont blessées. Plusieurs interpellations sont effectuées dans les milieux nationalistes.

Dans la nuit du 17 au 18 mai, deux couples en compagnie d'une jeune Asiatique sont violemment frappés par des membres du GUD, groupuscule d'extrême droite dirigé par Steven Bissuel.Selon le Collectif Vigilance 69, il s'agirait de la quarantième agression violente de l'extrême droite à Lyon depuis 2010.
 

Clément Méric, un étudiant "brillant" et engagé
LE MONDE | 07.06.2013 à 10h48 • Mis à jour le 07.06.2013 à 10h48

De ce jeune homme, une seule photo a circulé, diffusée par le groupe Action antifasciste Paris-Banlieue (AAPB) dont il était membre : une image en noir et blanc montrant un visage de profil, poupin, les cheveux soigneusement coiffés, la chemise à carreaux impeccablement boutonnée.

Originaire de Brest, il avait obtenu en 2012 son bac S avec mention très bien après une scolarité au lycée public de L'Harteloire, à Brest. Le proviseur du lycée, Jean-Jacques Hillion, interrogé par Le Télégramme, a décrit "un élève brillant, je dirais même un élève modèle. On ne décroche pas un bac S avec mention très bien, pour ensuite intégrer Sciences Po Paris par hasard..."

Il était "courtois et respectueux des autres, a renchéri le proviseur, pleinement engagé dans les instances du lycée, en tant que délégué ou représentant des élèves. Il était particulièrement éloquent et on sentait en lui l'âme d'un jeune homme capable d'endosser des responsabilités".

En 2010, raconte le proviseur à l'AFP, il avait été un des chefs de file du mouvement contre la réforme du lycée menée par la droite. A cette époque, le jeune homme militait déjà à la section brestoise de la Confédération nationale du travail, mouvement anarcho-syndicaliste. Il gravitait par ailleurs autour de "Brest la rouge", la scène rock antifasciste locale, et des groupes Jeune Seigneur et Viande rouge.

"IL A ÉTÉ TUÉ POUR SES IDÉES"

Ses parents, récemment partis en retraite dans le Gers, enseignaient le droit à l'université de Bretagne-Occidentale, à Brest : le droit public pour son père et le droit privé pour sa mère. D'anciens étudiants ont évoqué une famille très sympathique et ouverte d'esprit, bien connue de toute la faculté de droit.

Clément Méric s'était installé à Paris en septembre 2012 pour y poursuivre ses études à Sciences Po. A l'unisson, tous ses camarades de promotion ont parlé d'un "jeune garçon très engagé""qui ne disait jamais un mot plus haut que l'autre""une crème""le type de personne que tout le monde voudrait avoir dans son entourage""Il a été tué pour ses idées", a évoqué avec effroi un camarade de première année.

Il s'était vite rapproché du syndicat Solidaires étudiant-e-s Sciences Po, ainsi que du groupe AAPB. Cette organisation, héritière des "redskins", s'était engagée ces derniers mois en faveur de la loi sur le mariage gay. Clément Méric avait participé à plusieurs actions pour dénoncer la recrudescence de propos homophobes. Il avait alors fait l'objet d'un contrôle policier, à l'occasion de la contre-manifestation du 18 avril, sur le mariage gay.

VICTIME D'UN COUP-DE-POING AMÉRICAIN

Il avait également participé, le 1er mai, au rassemblement en mémoire de Brahim Bouarram – le Marocain mort noyé dans la Seine, poussé par des skinheads en marge d'un cortège FN, en 1995. Lors de cet hommage, l'extrême droite radicale avait fondu sur le cortège, et Clément Méric avait été blessé à la tête.

Plusieurs de ses proches ont confirmé qu' "il n'était dans aucun parti politique", son militantisme était syndical et essentiellement axé dans la lutte antifasciste. "Il était très critique vis-à-vis du Front de gauche et de l'UNEF , qui mobilisent aujourd'hui autour de son nom, a indiqué Camille (le prénom a été modifié), elle aussi militante de Solidaires Sciences Po. Tout le battage politique actuel l'aurait mis en rogne."

Lors d'une conférence de presse, jeudi après-midi, les membres d'AAPB ont tenu à souligner que Clément Méric "n'était pas un bagarreur ni un monstre de guerre". Evoquant sa carrure plutôt frêle, les militants ont indiqué que le jeune homme s'était récemment relevé d'une leucémie et n'avait pas une attitude belliqueuse. Mercredi 5 juin, Clément Méric, victime d'un coup-de-poing américain, a chuté sur le sol et sa tête aurait heurté un poteau. Transporté à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, il est mort, jeudi.

 
Par Nicolas Chapuis et Mathilde Gérard

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