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| Des techniciens racontent le tournage difficile de "La Vie d'Adèle" |
| Le Monde.fr | 24.05.2013 à 18h38 • Mis à jour le 25.05.2013 à 01h01 |
| Il faut parler, vider son sac, fouiller dans sa mémoire pour que certains détails finissent par revenir, enfin. Le tournage de La Vie d'Adèle, d'Abdellatif Kechiche, sélectionné en compétition officielle à Cannes, est fini depuis neuf mois. Les souvenirs se sont estompés. Mais ils ont été ravivés subitement, jeudi 23 mai, par la publication d'un communiqué musclé du Spiac-CGT. Le Syndicat des professionnels de l'industrie de l'audiovisuel et du cinéma a dénoncé tous les manquements au Code du travail durant les cinq de mois de tournage, de mars à août 2012. Il a aussi déploré un climat lourd, des comportements proches du "harcèlement moral", au point que certains ouvriers et techniciens auraient abandonné le navire en cours de route. Chose rare, et terriblement frustrante. Le syndicat a choisi de taper fort le jour où l'équipe du film montait les marches du Palais des festivals pour la "première mondiale". Hier, sur la Croisette, Abdellatif Kechiche savourait les critiques dithyrambiques, tandis qu'à l'autre bout du pays, dans la région Nord-Pas-de-Calais, certains se repassaient le film du tournage. "Une grosse, grosse galère", témoigne ce salarié."On n'a même pas été invités à la projection. Il paraît, aussi, qu'il n'y a pas de générique de fin. C'est comme si nos noms avaient été effacés, on n'existe plus !", s'indigne un autre. Dans un communiqué, l'association regroupant les techniciens et ouvriers du cinéma du Nord-Pas-de-Calais, l'Atocan, fait cette remarque grinçante : "Si ce long-métrage devait devenir une référence artistique, nous espérons qu'il ne devienne jamais un exemple en termes de production." Bien sûr, un tournage n'est jamais un fleuve tranquille. Il y a toujours des moments de tension. Mais, bien souvent, il reste le sentiment joyeux d'avoir participé à une belle aventure. C'est le plus important, et ça permet d'oublier le reste. Visiblement, tout le monde n'a pas réussi à sublimer le tournage de La Vie d'Adèle. Des intermittents du spectacle, embauchés sur le tournage, ont accepté de témoigner, sous couvert d'anonymat, car ils tiennent à retrouver du travail. L'un d'eux résume : "Le tournage était prévu pour deux mois et demi. Finalement il a duré le double, à budget constant. Et pour faire du Kechiche, il faut être là à 100 %. Sur cinq mois, c'est pas tenable." Commençons par les tarifs au rabais, et autres entorses au droit social. Certes,La Vie d'Adèle ne sera pas le premier tournage à avoir contourné les règles. La future convention collective du cinéma, quelle qu'elle soit, est d'ailleurs censée mettre de l'ordre dans les contrats de travail. Mais, dans La Vie d'Adèle, "les choses sont allées beaucoup trop loin", constate ce technicien, rompu à tous les arrangements sur les films d'auteurs fauchés. Figurants embauchés à l'arrache, au coin d'une rue, devant le magasin d'un disquaire lillois ; planning modifiés avec des cycles de travail sur six jours payés cinq jours, etc. BEAUCOUP DE STAGIAIRES... La Vie d'Adèle a pourtant bénéficié d'une enveloppe de 4 millions d'euros, ce qui n'est pas rien. Mais le tournage s'est éternisé. Est arrivé le moment où il n'y avait plus d'argent : du moins, c'est ce que disait la personne chargée de la paie, issue de la société Quat' Sous du réalisateur. Abdellatif Kechiche est aussi coproducteur du film, ce qui n'a pas arrangé les choses. "Il avait tout pouvoir", comme le dit un technicien. Il ne restait plus qu'à faire le bras de fer pour obtenir son chèque, quand une journée déclarée huit heures avait été "oubliée". Du travail bénévole a même été proposé à certains sur le thème : travailler auprès de Kechiche est une si belle carte de visite. "C'est vrai qu'il s'entoure de jeunes, leur confie des responsabilités. On apprend énormément. Mais c'est aussi parce qu'il cherche des gens malléables. Pour lui, quelqu'un qui a trop d'expérience est formaté." Il y avait donc beaucoup de stagiaires... Certains, en revanche, n'ont eu "aucun problème d'argent" avec la production. Tous leurs frais ont été payés. Mais ils gardent un sentiment mêlé : l'atmosphère sur le tournage n'était "pas humaine". "Il y a eu un mépris pour les conditions de travail, pour le repos de l'équipe, et sa vie privée, je n'ai jamais vu ça", dit cet ancien collaborateur. C'est ce qui le rend le plus mélancolique. "Kechiche peut être chaleureux avec l'équipe, demander aux uns et aux autres s'ils vont bien. Il travaille au plus près des comédiens, il y passe un temps fou. Il peut filmer un repas de famille pendant une heure et demie, en laissant improviser les acteurs, pour capter des éclats du réel, de l'intime. Le résultat est magnifique. Mais quand on connaît l'envers du décor, on se demande vraiment : 'Elle est où cette beauté ?' C'est à désespérer de tout." Le style Kechiche est mal passé, et même a fait souffrir. Sa "méthode", si l'on peut dire, consiste souvent à improviser. Le souci de privilégier l'instant est très important pour ce cinéaste qui recherche par-dessus tout l'authenticité. "Le soir, quand on quittait le plateau, parfois tard, vers 23 heures, on ne savait pas ce qui allait se passer le lendemain." Il est arrivé à l'équipe de recevoir un courriel, dans la foulée, annonçant l'heure de la reprise. Parfois, c'est un SMS qui arrivait pendant la nuit... Les proches du réalisateur, qui le placent très haut dans leur estime, et qui pour rien au monde ne rateraient l'aventure, se sont accommodés de ce rythme foutraque. Un technicien du Nord raconte : "Dès que Kechiche demande quelque chose, ils rappliquent autour de lui. C'est une véritable cour, ils supportent tout !"Quitte à reporter le stress sur les autres. "Un jour, Kechiche a renvoyé une de ses fidèles. Tu es trop nerveuse, tu empêches tout le monde de travailler. Rentre chez toi !" Une image vient à l'esprit de ce témoin : "On ne nous donnait pas les moyens de travailler. C'est comme si on vous demandait de repeindre un immense hangar avec un petit pinceau." "C'EST INCROYABLE LE TEMPS QU'ON A GÂCHÉ" La nécessité de tout faire "à l'arrache" est en cause, une fois de plus. Le décor ne plaît plus à Kechiche, ou l'empêche de faire le plan dont il rêve ? Une heure avant le "prêt à tourner", le PAT, il faut démolir le mur. Autre exemple , un jour de tournage au lycée Pasteur, à Lille. "Il pleuvait, et bizarrement les costumes des comédiennes traînaient par terre. Pourquoi ? Tout simplement parce que quelqu'un a décidé d'emprunter le camion qui transportait les costumes. Et les vêtements ont été posés là, par terre, sans prévenir. Et tant pis pour ceux qui doivent ramasser !" Le mépris pour les techniciens revient comme un refrain. "L'histoire de la montre" est restée dans les esprits. Voici la scène : Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos sont habillées, assises sur un banc, prêtes à jouer. Soudain Kechiche dit à l'une d'elles : "Dans la scène, tu dois regarder l'heure, alors il te faut une montre. Allez chercher une montre !", ordonne-t-il. Dans ces cas-là, il faut courir comme un lapin, partir toute affaire cessante. Quelqu'un fonce, donc. A son retour, il y a comme un malaise : Kechiche ne regarde même pas la montre qui vient d'être achetée. Car entre-temps, il a changé d'avis. Une autre fois, l'équipe a attendu huit heures que le tournage commence. Kechiche n'était pas prêt, ou réfléchissait. Mais personne n'avait été prévenu et tout le monde tournait en rond. "C'est incroyable le temps qu'on a gâché", se remémore un ancien salarié. Parfois, le témoignage vire à la rigolade, ou au rire nerveux, tellement c'est gros. Cette fois-ci, l'équipe est sur le plateau. Les deux comédiennes principales ont puisé dans le stock de costumes et ont choisi elles-mêmes leurs vêtements. De toute façon, il n'y avait pas de consigne. Mais la tenue ne plaît pas au réalisateur."Kechiche a dévisagé tous les membres de l'équipe, détaillant la façon dont chacun était habillé. Soudain, il a dit : 'Le pull rouge, là, je le veux !'" Quelqu'un est allé négocier, demandant à la fille en question de bien vouloir prêter son pull le temps de la scène. Morale de l'histoire ? "Je pense que Kechiche a un immense respect pour les comédiens. Mais pas pour les techniciens." La preuve, poursuit-il, "c'était un jour de tournage dans un appartement. On était persuadés qu'on allait filmer. Au lieu de ça, Kechiche s'est assis à table, dans le décor de la cuisine, avec Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos. Il a demandé à l'un de ses proches d'aller chercher des huîtres et du champagne. Et ils se sont mis à manger. Nous autres, on attendait". Heureusement, l'espace était suffisamment grand pour que chacun vaque à ses occupations, ailleurs que dans la cuisine. "On n'était pas collés devant la table, à les regarder manger ! Mais il régnait un sentiment bizarre." L'heure tourne. Ce technicien pourrait passer la nuit au téléphone à raconter "des tonnes d'anecdotes". Une dernière avant de raccrocher. C'était un jour où Wild Bunch, producteur principal du film, venait assister au tournage, avec d'autres responsables. Il fallait faire bonne figure, donner l'impression que tout était sous contrôle. Il a donc été décidé de filmer quelques scènes bien ciblées, au lycée Pasteur, ou de refaire des prises qui avaient déjà été faites. A la fin de la journée, un des visiteurs a lâché : "Ben, ça se passe plutôt bien en fait..." |
| Par Clarisse Fabre |
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| Le Spiac-CGT dénonce les conditions de travail sur le tournage de "La Vie d'Adèle" |
| Le Monde.fr | 23.05.2013 à 15h23 • Mis à jour le 24.05.2013 à 19h33 |
| "On lâche rien ! On lâche rien !", crient les manifestants dans la rue, dès les premières images de La Vie d'Adèle, d'Abdellatif Kechiche, sélectionné en compétition officielle. Un peu avant la projection du film, au Palais des festivals, jeudi 23 mai à 11 h 30, une autre musique syndicale s'est fait entendre, tambours battants : un communiqué du Spiac-CGT, le syndicat des professionnels de l'industrie de l'audiovisuel et du cinéma, est venu jouer les trouble-fête en relayant les plaintes des ouvriers et des techniciens du Nord – Pas-de-Calais embauchés sur le tournage. "Nous devrions, a priori, nous réjouir (...) Hélas, et indépendamment de la qualité artistique du film, nous ne pourrons pas participer de cet enthousiasme : nos collègues ayant travaillé sur ce film nous ont rapporté des faits révoltants et inacceptables. La majorité d'entre eux, initialement motivés, à la fois par leur métier et le projet du film en sont revenus écœurés, voire déprimés", lit-on. Certains ont abandonné "en cours de route", "soit parce qu'ils étaient exténués, soit qu'ils étaient poussés à bout par la production, ou usés moralement par des comportements qui dans d'autres secteurs d'activités relèveraient sans ambiguïté du harcèlement moral". Le Spiac-CGT évoque des "journées de travail de 16 heures, déclarés 8". Sur certains postes, il y aurait eu des "journées de travail de 11 heures, payées 100 € bruts, alors que 100 € nets avaient été promis". Sont pointés, aussi, des "horaires de travail anarchiques ou modifiés au dernier moment", avec "convocation par téléphone pendant les jours de repos ou pendant la nuit, modification du plan de travail au jour le jour". "Les gens ne savaient pas le vendredi soir s'ils allaient travailler ou non le samedi et le dimanche suivant". Précisons que ces arrangements au code du travail sont assez fréquents, à des degrés divers, sur des tournages de films d'auteur au budget serré. Celui de La Vie d'Adèle a légèrement dépassé les 4 millions d'euros, ce qui n'en fait pas non plus un film pauvre. Le Spiac-CGT pointe un dysfonctionnement plus grave : il y aurait eu "incitation à faire des trajets automobiles dans des délais tels que les personnes en charge de ce travail devaient rouler à plus de 180 km/h". Le syndicat conclut : "Ces pratiques indignes montrent bien la nécessité d'une convention collective étendue". UN CONTEXTE TRÈS TENDU Car ce pavé dans la mare fait irruption dans le contexte, très tendu, du débat sur la convention collective du cinéma. Signée en janvier 2012 par la plupart des syndicats de salariés, parmi lesquels le Spiac-CGT, mais par la seule organisation patronale API (Gaumont, MK2, Pathé, UGC), le texte est rejeté par de nombreux syndicats de producteurs, représentant une grande diversité de films – de Tomboyde Céline Sciamma, réalisé pour moins de 1 million d'euros, au dernier Astérix de Laurent Tirard (62 millions d'euros). Au centre des discussions : le montant des minima salariaux, le paiement des heures supplémentaires, du travail de nuit ou du dimanche. Les opposants à ce texte estiment qu'une bonne soixantaine de films ne pourraient plus se faire si l'on devait appliquer les tarifs de cette nouvelle réglementation. Ils ont déposé un texte alternatif qui prévoit, entre autres, différents niveaux de rémunération en fonction du budget du film. Une médiation est en cours, sous l'égide de Raphaël Hadas-Lebel, qui devrait aboutir le 6 juin. Le Spiac-CGT utilise La Vie d'Adèle comme épouvantail, quand tous les spots sont tournés vers le film, afin de faire valoir ses arguments en faveur de la convention collective. C'est de bonne guerre ou non, chacun jugera, mais autant le dire. Sinon, pourquoi n'avoir pas dénoncé ces violations au code au travail au moment du tournage ? Celui-ci s'est en effet achevé fin août 2012, soit depuis neuf mois. Autre fait troublant, dans son communiqué, le Spiac-CGT assure que l'organisme ayant géré le tournage de La Vie d'Adèle, Pictanovo, a lui aussi reçu des plaintes de la part de techniciens. Mais son directeur général, Vincent Leclercq, dément catégoriquement. "Je n'ai reçu aucune plainte écrite d'aucun salarié employé sur ce tournage. Et j'ai noté tous les noms des salariés embauchés, avec leur affectation, comme nous le faisons sur chaque tournage. Bien sûr, j'ai entendu des récriminations de la part de certains, mais comme j'en entends sur d'autres tournages". Il y a une part de vérité, toutefois, dans la présentation faite par le syndicat, ajoute le patron de Pictanovo, un organisme de droit privé, soutenu par le Conseil régional et le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC). "Au total, quinze techniciens de la région Nord – Pas-de-Calais ont été embauchés sur le tournage de La Vie d'Adèle. Ils se sont succédé, et il y a eu effectivement des départs", précise Vincent Leclercq. En tant que coproducteur, Pictanovo a investi 175 000 euros sur le film. "CERTAINS COLLABORATEURS DE KECHICHE SONT TOUJOURS LÀ, DEPUIS SON PREMIER FILM" Le tournage a duré plus longtemps que prévu, soit cinq mois au total. Au final, les retombées économiques sur le territoire ont grimpé à 600 000 euros. Dans tous les cas, Pictanovo n'est pas tenu de faire respecter le code du travail. Cette obligation incombe au producteur principal, en l'occurrence Wild Bunch. Une mission quasi-impossible, si l'on écoute son directeur général, Brahim Chioua :"Souvenez-vous de ce qu'a dit Guédiguian. S'il avait dû respecter le code du travail, il n'aurait pas pu réaliser ses sept premiers films. Je ne vois pas comment on peut se donner à fond pour un tournage, avec un chronomètre dans la main. Nous faisons partie des opposants à la convention collective de 2012, et sommes partisans du texte alternatif, qui sera déjà difficile à tenir". Il ajoute : "Je n'ai pas entendu parler de plaintes, mais cela ne veut pas dire qu'elles n'existent pas. Certains techniciens de la région Nord – Pas-de-Calais sont partis en cours de route, car ils n'acceptent pas les conditions de Kechiche. Mais certains collaborateurs de Kechiche sont toujours là, depuis son premier film. Demandez aussi aux comédiennes, Kechiche est très exigeant ! Et c'est comme ça qu'il obtient ces résultats". Evoquant un autre film en compétition officielle, Only God Forgives, de Nicolas Winding Refn, Brahim Chioua ajoute : "Ce film s'est tourné en Thaïlande. J'aimerais bien que l'on aille voir dans quelles conditions les salariés ont travaillé". A la fin de La Vie d'Adèle, un acteur maghrébi |
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