Avec la France, neuf pays de la zone euro voient leur note dégradée par S&P
LEMONDE.FR avec Reuters, AFP | 13.01.12 | 15h35 • Mis à jour le 13.01.12 | 23h57La France a perdu sa note financière AAA, la meilleure possible, désormais abaissée d'un cran, à AA+, avec perspective négative, a confirmé, vendredi 13 janvier au soir, l'agence d'évaluation Standard and Poor's. Cette perspective négative signifie que l'agence envisage de dégrader à nouveau cette note à moyen terme. La chance de dégradation en 2012 ou 2013 est d'"au moins une sur trois", précise l'agence.
- Sont abaissées de deux crans les notes : de l'Espagne, qui chute à un simple A avec perspective négative ; de l'Italie, à BBB+ ; du Portugal, à BB en catégorie spéculative ; et enfin de Chypre, qui passe à BB+ en catégorie spéculative.
- Sont abaissées d'un cran les notes : de l'Autriche, qui tombe à AA+, de la Slovénie, désormais notée A, de la Slovaquie, notée A+, et de Malte, notée A-.
- Se maintiennent en revanche : le AAA de l'Allemagne, sous perspective stable, ainsi que le AAA de la Finlande, quant à lui sous perspective négative.
Tous les pays de la zone euro sont désormais en perspective négative, sauf l'Allemagne et la Slovaquie. A l'échelle mondiale, seuls treize pays, dont neuf en Europe, détiennent encore la note optimale auprès des trois grandes agences de notation. Les Etats-Unis, dégradés à "AA+" chez S&P, ont toujours, comme la France, la meilleure note chez ses deux concurrentes.
"CE N'EST PAS UNE BONNE NOUVELLE"
Standard & Poor's précise dégrader la note de la France en raison "de l'aggravation des problèmes politiques, financiers et monétaires dans la zone euro à laquelle la France est étroitement liée". L'agence précise que la note de la France continue de "refléter son économie saine, diversifiée et solide dont la main-d'oeuvre est hautement qualifiée et productive". Elle note à l'inverse "l'endettement relativement élevé des administrations publiques ainsi que les rigidités du marché du travail", mais souligne que le gouvernement français "traite ces questions par une stratégie de consolidation budgétaire et de réformes structurelles". La France était notée "AAA" par S&P depuis 1975.
Le ministre de l'économie français, François Baroin, avait confirmé, au journal télévisé de France 2, les informations de dégradation de la note française par S&P qui ont filtré depuis le milieu de l'après-midi. "Ce n'est pas une bonne nouvelle", a concédé le ministre, tout en soulignant que ce n'était qu'une "demi-surprise".
M. Baroin a estimé que c'était "l'équilibre général des finances" qui était sanctionné. Il a toutefois tenu à tempérer les conséquences de cette dégradation, qui intervient à 100 jours des élections présidentielles. "Ce ne sont pas les agences de notation qui font la politique de la France, a-t-il martelé. Nous sommes dans la bonne direction." Il a de nouveau écarté un éventuel troisième plan de rigueur en France.
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DÉMARRER RAPIDEMENT LE MÉCANISME EUROPÉEN DE STABILITÉ
Le commissaire européen aux affaires économiques Olli Rehn a "regretté la décision aberrante de Standard and Poor's". "Après avoir vérifié que le moment n'a pas été choisi au hasard, je regrette la décision aberrante prise aujourd'hui par Standard and Poor's concernant la note de plusieurs pays de la zone euro, au moment où celle-ci agit de manière décisive sur tous les fronts pour répondre à la crise", écrit-il.
Le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, a quant à lui voulu se montrer rassurant, assurant que la zone euro allait "stabiliser" ses finances et "rétablir la confiance des marchés". "Notre volonté d'assainir les finances publiques et notre détermination pour contribuer à surmonter la crise de la dette dans la zone euro ne peut être mise en doute", a ajouté le ministère. Le ministre a rapidement minimisé la perte du triple A par la France, qu'il a jugé "sur la bonne voie". "Nous devons tous ensemble tenir les règles, renforcer la compétitivité, nous le faisons tous ensemble", a-t-il déclaré. M. Schäuble n'a pas exclu que la décision de S&P puisse avoir un impact sur l'Allemagne.
Questionné sur les conséquences de la décision de Standard & Poor's pour le Fonds de secours financier de l'Union monétaire (FESF), dont la France et l'Allemagne sont les principaux contributeurs, M. Schäuble a estimé que cette dégradation montrait combien était importante la décision de démarrer rapidement le Mécanisme européen de stabilité (MES). Le MES, structure durable, doit définitivement remplacer cette année le FESF, structure temporaire.
"C'EST LA POLITIQUE DE SARKOZY QUI EST SANCTIONNÉE"
Vendredi après-midi, une réunion d'urgence s'est tenue à l'Elysée en présence de Nicolas Sarkozy. Pour Arnaud Leparmentier, journaliste au Monde, qui suit l'Elysée, "l'affaire exaspère l'entourage de Nicolas Sarkozy. Ses conseillers espéraient échapper à une dégradation au cas où les émissions d'emprunts d'Etat en Europe se passeraient bien, ce qui fut le cas cette semaine". "Politiquement, cela va durer quarante-huit heures et pas quatre mois", dit un conseiller.
Au Parti socialiste, dans l'équipe du candidat à la présidentielle, François Hollande, si Michel Sapin a refusé de se prononcer pour le moment, Marisol Touraine, chargée du pôle social, indique au Monde : "Un record de déficit et de dettes, un laxisme budgétaire pour préserver les intérêts de quelques-uns : c'est la politique de Nicolas Sarkozy, prétendument menée pour préserver la santé politique de la France, qui est sanctionnée. Le président est directement responsable."
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