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| Jeunet sur Life of Pi |
Petit rappel des faits : Après la sortie du Long dimanche de fiançailles, la Fox m’avait contacté pour savoir si je serais intéressé par l’adaptation du roman de Yann Martel : Life of Pi. Rapidement, un devis est tombé : 85 millions de dollars ! Beaucoup plus que ce que la Fox attendait… Durant 4 mois et demi, j’ai fait plus de 3 000 photos, disposant mes personnages sur une mer de tissus miroitants, les shootant sous tous les angles, choisissant les images et montant les séquences sur mon ordinateur… Le tout totalement redessiné par Maxime Rebière… Malheureusement, plus nous avancions dans la précision de l’étude, plus le chiffre de 85 millions de dollars se confirmait. Tom Rothman, alors patron de la Fox, me demanda si je pouvais produire ce film en Europe. J’ai donc pendant 2 mois et demi avec mes équipes, effectué une étude en Europe. Nous avons imaginé la construction de machines à vague, la construction d’un bassin dans les studios espagnols d’Alicante, trouvé les solutions techniques à la problématique tigre/enfant/mer… Travaillé avec Thierry Leportier, le célèbre dresseur de fauves, pour finalement arriver à la somme de 59 millions, ce qui était le souhait de la Fox. J’ai alors entendu cette phrase qui m’a donné le frisson : repartons à zéro et trouvons de nouvelles solutions ! J’ai à ce moment-là compris que je pourrais très bien passer le reste de ma vie à travailler sur ce projet. J’ai donc signifié à la Fox mon désir de faire un autre film (Micmacs à tire-larigot), leur proposant de me réatteler à Pi après ce film, sachant que la technologie aurait évolué, et que le film peut-être deviendrait plus facile à réaliser. Finalement, le projet a été confié à Ang Lee, et sort sur les écrans français dans quelques jours. Malheureusement, Ang Lee a fait ce que j’aurais fait à sa place, il n’a pas lu notre scénario et a fait réécrire sa propre adaptation. Un bref coup d’œil sur IMDB, me confirme ce que je savais : le film a finalement coûté 120 millions de dollars ! Il est vrai que Ang Lee a tourné à Taiwan, qui apparemment aurait beaucoup investi dans le film… Pour me consoler, je me répète que tout metteur en scène doit avoir fait : Un film en noir et blanc, un grand succès, un film américain, et un film… qui ne s’est jamais fait. Après tout Tim Burton a travaillé pendant un an sur un Superman qui ne s’est jamais fait, Kubrick sur Napoléon et Marcel Carné sur L’Ile des enfants perdus… Ce qui est sûr, c’est que si L’Odyssée de Pi s’avère être un bon film, ça va m’énerver, et si c’est un mauvais film, ça va m’énerver… |
| http://jpjeunet.com/filmographie/lie-of-pi/ |

| "L'Odyssée de Pi" : la jolie odyssée d'un tigre de pixels |
| LE MONDE | 18.12.2012 à 13h36 |
Au début de ce film enchanteur et incomplet, on voit un zoo, en relief - puisque le film tout entier se voit avec des lunettes. Les plans de flamants roses qui se détachent parfaitement sur la mare, de phacochères (ou de babiroussa) dont les verrues jaillissent, ramènent aux émerveillements primitifs. Ces vues stéréoscopiques sont artificielles et ravissantes. On se retrouve dans la peau d'un spectateur du XVIIIe siècle qui découvre la lanterne magique ou dans celle d'un bambin à qui l'on a donné une visionneuse à diapositives. Ang Lee, cinéaste complexe jusqu'à l'incohérence, aime, entre deux études sur la noirceur de l'âme humaine, retrouver ce regard d'enfant. C'était le cas dans Tigre et dragon (2000) qui relevait autant du conte de fées que du film de sabre. En adaptant le roman de Yann Martel, L'Histoire de Pi (Folio, 2005, rééd. 2012), il a trouvé un matériau à bien des points de vue idéal. L'histoire de Piscine Patel (Suraj Sharma), né à Pondichéry, ainsi nommé parce qu'un oncle avait effleuré le paradis en nageant dans la piscine Molitor à Paris, n'est pas faite pour être prise au pied de la lettre. Martel a imaginé qu'elle est recueillie au Canada, par un écrivain en mal d'inspiration. Un universitaire du nom de Pi Patel lui raconte comment il a survécu au naufrage qui a emporté sa famille et les animaux du zoo que celle-ci gérait à Pondichéry. Quittant l'Inde pour le Canada, les Patel avaient emmené avec eux les créatures qui les avaient fait vivre, jusque-là dans l'idée de les vendre en Amérique. Mais les courants et les vents firent que Pi se retrouva seul sur un canot de sauvetage avec une hyène, un zèbre et un tigre nommé Richard Parker. La véracité de cette odyssée n'est qu'une question subsidiaire. Le livre en fait un enjeu philosophique que le scénario de David Magee tente de transposer à l'écran : Pi et Richard Parker incarnent la dualité du monde vivant, l'esprit qui lui donne forme et la chair et l'énergie qui l'animent. A la partition New Age de Mychael Danna répond une espèce de bande intellectuelle qui accompagne les péripéties fantastiques : l'humain ne peut exister contre la nature, nous sommes une partie inséparable d'un grand tout (leçon récemment dispensée, sous une autre forme, dans Les Bêtes du Sud sauvage, de Benh Zeitlin). Cette version considérablement allégée de quelques philosophies et religions orientales est administrée avec une maladresse qui contraste avec la magnificence très légèrement kitsch des êtres et des éléments agitant l'écran. L'Odyssée de Pi est un film merveilleux. Parce qu'il montre des merveilles qu'on n'aurait jamais crues à portée de regard : un tigre qui nage au milieu de l'océan Pacifique, filmé depuis le fond de l'eau ; une baleine qui brise l'eau phosphorescente pour illuminer un garçon et un grand félin ; une île flottante de palétuviers peuplée de suricates qui dérive sur la mer... Ang Lee manie les outils numériques (images générées par ordinateur, relief, etc.) avec la virtuosité légèrement exhibitionniste d'un magicien de cirque. Que l'on attende les péripéties parce qu'on a lu le livre (la réponse à la question "mais comment va-t-il faire pour... ?" est ainsi toujours époustouflante) ou que l'on aille de surprise en surprise, L'Odyssée de Pi est une flânerie exquise, d'autant que le rythme du récit est ample, jamais forcé. On sympathisera avec le guide, le jeune acteur Suraj Sharma, parfait dans le registre de l'étonnement, au point de ne pas remarquer la gaucherie des séquences qui mettent aux prises le personnage de l'écrivain et Pi Patel adulte (incarné par Irrfan Khan) ou les explications superfétatoires de la voix off décryptant les symboles qui se déploient sur l'immensité de l'océan numérique. |
| Thomas Sotinel |