《世界報》評價:《驚悚末日》★★★★

"Melancholia" : Justine, mariée absente au coeur de la bile noireLe Monde | 09.08.11 | 16h13 • Mis à jour le 09.08.11 | 18h09
Il serait facile d'expliquer la forte impression que ne manque pas de causer Melancholia, le nouveau film de Lars von Trier, sur son spectateur par la démesure de l'événement qui en constitue l'armature et l'épreuve de vérité, soit pas moins que la fin du monde. Un mystérieux prologue, sur fond de Wagner (le prélude de Tristan et Yseut), s'achève par le télescopage et la pulvérisation de la Terre par une planète gigantesque. Précédemment ont été superposées différentes images énigmatiques, mettant en scène celles qui seront les deux protagonistes principales, filmées et figées dans des poses étranges, au coeur d'une série de visions évoquant la pein-ture surréaliste et le style des -symbolistes.

Il serait tentant de ne mettre que sur le dos de l'impressionnante figuration d'une catastrophe cosmique la sidération provoquée par la découverte de Melancholia. Que signifient ces images mystérieuses ? Quelle est la nature de cet événement formidable qui constitue cette entrée en matière ? C'est sans doute la question de l'articulation entre ce qui semble être deux régimes différents de récits et d'images (l'apocalypse et la peinture des caractères qu'elle encadre) qui doit être vue ici comme un enjeu essentiel.

Le film de Lars von Trier se divise, ensuite, après ce démarrage monumental, en deux parties successives dont chacune porte le nom d'un des personnages centraux, Justine (Kirsten Dunst, qui a obtenu le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 2011) et Claire (Charlotte Gainsbourg), dont on découvrira qu'il s'agit de deux soeurs. La première partie est un repas de mariage. Justine, en effet, se marie. Mais progressivement, la fête, programmée selon l'absurde déroulement d'événements à la symbolique dérisoire (les toasts, les discours, la découpe du gâteau, etc.), se dérègle.

Ce qui au départ était un retard dû à un incident mineur et amusant (la limousine des mariés ne parvenait pas à effectuer un virage en raison de sa longueur) devient la pure et simple désertion, mentale puis physique, de la mariée elle-même, visiblement absente à ce qui lui arrive, s'éclipsant durant de longues minutes, abandonnant finalement son époux dans la chambre nuptiale, gâchant la fête. A ce qui ressemble à un début de dépression, le film semble donner quelques clés psychologiques dans l'infantilisme du père (John Hurt) de Justine, l'indifférence aigrie de sa mère (Charlotte Rampling), le matérialisme prosaïque de son beau-frère (Kiefer Sutherland), l'avidité cynique de son patron. Mais on sent bien que ces données seront insuffisantes à expliquer un phénomène qui défie la causalité elle-même.

La seconde partie isole Justine et la famille de sa soeur Claire dans leur manoir luxueux. Justine est au plus sombre de la dépression, incapable de bouger, de parler, de mettre un pied devant l'autre, dans un état extrême de prostration aboulique. Alors que Claire tente de la sortir de sa torpeur, on apprend qu'une planète vagabonde, nommée Melancholia, s'approche de la Terre. Va-t-elle entrer en collision avec celle-ci ou va-t-elle l'éviter ? Il y a ceux qui ont peur (Claire), ceux qui croient en une rationalité rassurante (son mari) et ceux qui savent que le pire est sûr (Justine).

On l'aura compris, la dépression, la "bile noire" des Grecs, origine étymologique de la mélancolie, est au centre du film de Lars von Trier. Et la catastrophe annoncée, celle de la fin du monde, constitue un catalyseur extrême, à la fois un événement en soi et une allégorie aux significations multiples. Lars von Trier semble déduire de l'indifférence et de la résignation de Justine face à la catastrophe une forme d'hyperlucidité consécutive à un état qui, de toute façon, n'a déjà envisagé que le pire. La dépression produit-elle ainsi une forme de connaissance introuvable ? Mais par ailleurs, la gigantesque planète Melancholia n'est-elle pas l'expression même de la colère de la dépressive, ainsi que de son désir que tout enfin s'arrête puisque rien ni personne n'est digne d'exister ? C'est ainsi dans cette multitude de natures de la catastrophe que le film tire sa force, dans cette prolifération des significations.

Il est difficile de ne pas voir à quel point Melancholia constitue désormais la deuxième partie d'un diptyque, dont le premier volet était Antichrist. Dans les deux cas, Lars von Trier s'attaque en effet à des états limites de la féminité qui opposent, à tout discours rationnel (la psychologie traditionnelle, la psychanalyse, la sociologie), leur singularité radicale et insécable. C'est d'ailleurs le sens de cet usage, dans Melancholia, du romantisme (Wagner) et des motifs du symbolisme pictural, comme un rappel de la persistance de l'irrationnel. Les femmes, chez Lars von Trier, sont des sorcières.Jean-François Rauger
L'avis du "Monde"
EXCELLENT
Article paru dans l'édition du 10.08.11
周星星評價:《驚悚末日》★★★

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薯條革命
Le cinéaste Raoul Ruiz est mortLEMONDE.FR avec AFP | 19.08.11 | 15h00 • Mis à jour le 19.08.11 | 15h14
Le cinéaste franco-chilien Raoul Ruiz est mort à Paris, vendredi 19 août, à l'âge de 70 ans, des suites d'une infection pulmonaire, a annoncé son producteur, François Margolin. "C'était non seulement un ami mais un des plus grands cinéastes vivants, qui avait une œuvre considérable, qui restera avec évidence dans l'histoire du cinéma", a-t-il déclaré.
L'an dernier, le réalisateur avait reçu le prix Louis-Delluc, souvent présenté comme le "Goncourt du cinéma", pour son film fleuve (4 h 26) Mystères de Lisbonne, centré sur la vie de l'aristocratie portugaise.
Né le 25 juillet 1941 au Chili, Raoul Ruiz, qui s'était exilé en France à l'avènement de la dictature de Pinochet dans son pays, en 1973, a tourné plusieurs dizaines de films au cours d'une carrière où l'artiste est toujours resté engagé. "Il était en train de finir le montage d'un film qu'il avait tourné sur son enfance au Chili. Et par ailleurs, il préparait un autre film au Portugal sur une bataille napoléonienne célèbre", a précisé François Margolin.
 
薯條革命

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《世界報》評價:《我寄居的皮膚》★★★
"La Piel que habito" : le mythe de Frankenstein, version AlmodovarLe Monde | 16.08.11 | 17h13 • Mis à jour le 17.08.11 | 16h58
Tout créateur, fût-il génial, craint un jour ou l'autre de manquer à sa vocation. La fatalité de la répétition, le tarissement de l'inspiration deviennent des spectres qui hantent son oeuvre. C'était le sujet même du précédent film de Pedro Almodovar, Etreintes brisées (2009), qui évoquait l'histoire d'un réalisateur empêché d'exercer son métier après avoir perdu l'usage de ses yeux. La Piel que habito ("La peau que j'habite") remet sur le métier ces affres du créateur, jusqu'à la folie aveugle où le jette sa terreur de l'impuissance. Almodovar, ancien élève des Franciscains passé au punk-rock, puis au mélo déjanté, y remixe à la sauce ibérique le mythe de Frankenstein.

Le démiurge se nomme ici Robert Ledgard, un génie de la chirurgie réparatrice. Antonio Banderas, qui scelle sa sixième collaboration avec M. Almodovar depuis Le Labyrinthe des passions (1982), lui prête ses traits de latin lover sur le déclin, en dotant le personnage d'une physionomie glaçante.

Il y a de quoi. Le docteur Ledgard, qui porte le deuil de sa femme, laquelle s'est suicidée après avoir été défigurée par de graves brûlures, souffre en effet de monomanie monstrueuse. Une sorte de vitrification affective et d'absence de point de vue moral qui l'a conduit à séquestrer une jeune femme dont il a fait un sujet d'expérience scientifique.

Il teste clandestinement sur elle la création d'une peau artificielle inaltérable, obtenue par thérapie cellulaire, procédé qu'il a baptisé du nom de son épouse défunte (Gal). Enfermé dans sa luxueuse maison-laboratoire, jalousement protégée par une mère-gouvernante inquiétante (Marisa Paredes) qui entretient la folie de celui qui ignore qu'elle est sa mère, Robert se garde de tout contact avec sa victime, mais la dévore des yeux à travers une glace sans tain, qui évoque un écran de cinéma.

La captive Vera (très séduisante Elena Anaya) est beaucoup plus mystérieuse. Qui est donc cette créature aux formes suggestives, qu'on découvre revêtue d'une combinaison moulante, couleur chair, qui masque jusqu'à son visage ? Quel lien entretient-elle avec la mort de la femme de Ledgard et le viol de sa fille ? Pourquoi ce Docteur Maboul s'en est-il pris à elle, au risque de désirer ce corps qu'il a tout à la fois détruit et fait renaître ? Plusieurs retours en arrière et quelques insidieux rebondissements seront nécessaires pour reconstituer le puzzle et donner la clé d'une énigme que nous tairons.

Adapté d'un roman de Thierry Jonquet (Mygale, Série noire chez Gallimard, en 1984), le film reconduit la manière et les motifs chers au cinéaste : la transgression, le transformisme, la passion criminelle, la fragmentation et l'emboîtement machiavélique du récit, l'invraisemblance feuilletonesque emportée par l'intelligence scénaristique et la beauté formelle. Autant qu'à l'impuissance du créateur auquel sa créature échappe, le couple du film renvoie au dualisme qui caractérise le cinéma de Pedro Almodovar. Avec son côté Vera : movida, culture populaire, excentricité transgenre, liberté provocatrice. Et son côté Robert : amour du classicisme et des genres, obsession de la maîtrise, exaltation perfectionniste de la beauté.

L'exaltation de la transgression et le désir de sa normalisation, de même que la célébration de la chair et l'appareillage théorique qui l'encadre, constituent une sorte de conflit interne, de plus en plus évident avec le temps, mis en jeu dans chaque film de Pedro Almodovar. Chacun d'entre eux équivaut à un champ de bataille, dont la résolution plus ou moins harmonieuse dépend du fragile équilibre de cette balance.

La "température" du film varie également, du chaud au froid, selon que le plateau penche du côté de la liberté des personnages ou de la virtuosité conceptuelle. La Piel que habito, récit d'une vengeance mutuelle entre le démiurge et sa créature, qui finit par se mordre un peu la queue, fait plutôt partie de la seconde catégorie.

On y prend néanmoins plaisir, d'autant que le film est une preuve supplémentaire de la correspondance intime qu'entretient le cinéma d'Almodovar avec l'histoire de son pays, et plus précisément avec ce moment fondateur que fut la sortie du franquisme. Tout son cinéma, et ce film en particulier, porte la marque de cette étrange émancipation, jusque dans le compromis insatisfaisant qui l'a permis.Jacques MandelbaumArticle paru dans l'édition du 17.08.11
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《我寄居的皮膚》
Pedro Almodovar : "Il y a des réalisateurs qui peuvent être très cruels avec leurs acteurs"Le Monde | 16.08.11 | 17h13 • Mis à jour le 17.08.11 | 07h29
A 61 ans, Pedro Almodovar est devenu "plus grave, plus austère", comme il le dit. La Piel que habito, présenté à Cannes en mai, est un récit baroque qu'il a transformé en tragédie, ce qu'il explique, en dévoilant dans cet entretien des éléments-clés de l'intrigue. Le film marque ses retrouvailles avec le seul mâle de la troupe de ses égéries (Carmen Maura, Victoria Abril, Penélope Cruz...), Antonio Banderas, avec qui il n'avait pas tourné depuis Attache-moi, en 1989.

Qu'avez-vous trouvé dans "Tarantula", le roman de Thierry Jonquet ?

A la première lecture, mon attention a été attirée par l'accomplissement d'une vengeance, de façon aussi originale. Ensuite, la lecture d'un livre dans la perspective de son adaptation est différente de celle qui est guidée par le désir de se divertir. J'ai trouvé dans ces livres des éléments qui n'étaient plus justifiables à l'écran. J'ai décidé de suivre mon chemin et de trouver mon propre discours cinématographique.

D'autres thèmes se sont ajoutés à celui de la vengeance ?

Oui, d'ailleurs la vengeance a presque disparu, ce n'est plus qu'une justification aux souffrances qu'inflige cet homme. J'ai d'abord voulu parler d'un monde où l'identité extérieure des gens dépend de leur volonté. J'ai imaginé un monde où la chirurgie esthétique est si développée que le physique des gens est devenu comme un costume soumis au temps et à la mode. Les modèles physiques avaient changé, il ne s'agissait plus de ressembler à des vedettes - acteurs, mannequins ou sportifs -, mais à des animaux. Des gens se faisaient des visages de tigre. Le résultat était une espèce de comédie noire qui jouait avec les identités, y compris sexuelle. Une des dernières modes était que les hommes se mettaient à porter des seins.

Pourquoi vous êtes-vous arrêté ?

Très vite, je me suis décidé à prendre le chemin opposé. Il y avait un déséquilibre entre l'élément comique et l'aspect gothique de l'histoire, avec ce personnage qui tient captif celui dont il veut se venger. Bien sûr, il ne faut pas avoir peur de mélanger les genres, mais il faut que le mélange donne l'impression d'être naturel. J'ai préféré un récit noir, gothique par moments, dans lequel je pouvais développer les trois personnages qui vivent dans cette maison. Pour que ce médecin puisse mener à bien toutes ses entreprises, il a besoin d'un complice inconditionnel. C'est ainsi qu'est né le personnage de la mère.

Pour une fois, vous avez commencé un scénario sans mère, mais elle est quand même revenue.

Oui, le médecin a besoin d'un appui et je crois que le meilleur appui dont on puisse bénéficier est celui d'une mère. Il y avait donc cette histoire de geôlier dont le prisonnier avait violé la fille. Mais il m'est apparu plus intéressant que le viol n'ait même pas eu lieu. Le garçon puis la fille sont victimes d'une fatalité qui a envahi toute l'histoire, jusqu'à devenir l'élément-clé du film. En général je commence à écrire mes scénarios sur un mode comique, baroque, surréaliste. Ensuite, l'humour s'efface progressivement pour laisser la place à l'histoire que je veux raconter.

En mettant en scène cette relation entre docteur et prisonnier, pensiez-vous à la relation entre metteur en scène et comédien ?

Un amant essaie de recréer l'être aimé à sa manière. Le meilleur exemple dans le cinéma est Sueurs froides, de Hitchcock. J'ai pensé à James Stewart accompagnant Kim Novak chez le coiffeur et dans le magasin de vêtements. Son attitude est exactement celle d'un metteur en scène avec une actrice. Ou avec un acteur, mais on change plus une actrice qu'un acteur. Encore que dans le cas de Gael Garcia Bernal (Pedro Almodovar a dirigé cet acteur dans La Mauvaise Education), j'ai fait d'un acteur une actrice. Le docteur et sa patiente sont aussi un bon exemple de cette relation.

Je n'atteins pas ce niveau de cruauté, mais il y a des réalisateurs qui peuvent être très cruels avec leurs acteurs. La place d'un cinéaste est celle d'un dieu, le créateur absolu. C'est lui qui décide de ce qui est authentique ou non, vrai ou faux. C'est le miroir unique dans lequel l'acteur peut se regarder. Il y a des réalisateurs qui peuvent user de ce pouvoir de manière illégitime. Je pense à Hitchcock et à Tippi Hedren. Comme Hitchcock n'arrivait pas au contact physique qu'il désirait avec elle, il a filmé toute une journée une séquence des Oiseaux qui la voit ouvrir la porte derrière laquelle sont les oiseaux qui se jettent sur elle, si bien qu'elle a dû aller à l'hôpital.

Etes-vous entré dans ce territoire illégitime ?

Je ne crois pas. Les acteurs acceptent que tu pénètres avec ta main au fond de leurs entrailles et que tu en sortes les choses qui t'intéressent, et tu le fais avec leur permission. Mais c'est quand même un déchirement. Pour l'acteur, le réalisateur est le psychiatre, l'amant, le père. Et l'acteur ressent à son égard tous les sentiments que l'on ressent pour un amant, pour un père, pour une figure de pouvoir. Parce que, en définitive, le réalisateur, c'est le pouvoir.Propos recueillis par Thomas SotinelArticle paru dans l'édition du 17.08.11
《我寄居的皮膚》

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在最後一段,拉斯˙馮˙提爾說得很有趣:「有人跟我說:『千萬別犯那些老(男)導演所犯的錯:他們找愈來愈年輕的女演員來演戲,而且她們穿得愈來愈少。』我就這樣回答他們:『謝謝你們的建議;其實,這正是我準備要做的事,我的女演員們將會非常年輕也會穿得非常得少!』其實,要控制我自己,根本不是難事;你們跟我說什麼,我就會故意做相反的事!」
En livrant son mode d'emploi, le cinéaste Lars von Trier dit tout et son contraire
Le Monde | 09.08.11 | 16h13 • Mis à jour le 09.08.11 | 18h10

Hvidovre (Danemark), envoyé spécial – Pour aller d'un bâtiment à l'autre, sur le campus de Zentropa, à Hvidovre, dans la banlieue de Copenhague, Lars von Trier se déplace en chariot électrique, comme un vieil Américain sur un parcours de golf. Que ce soit parce que les hangars de brique et de béton sont ceux d'un ancien camp militaire ou parce qu'il serait dommage de laisser passer l'occasion d'une petite provocation, le golf cart du réalisateur de Melancholia est peint couleur camouflage.

Sur le chemin qui va du réfectoire spartiate à son bureau, Lars von Trier est intarissable sur deux sujets : Proust et la sexualité féminine. Il découvre la Recherche et passe le reste de son temps à écouter des femmes raconter leur vie sexuelle. Le produit de cette recherche constituera la matière de son prochain film, Nymphomaniacs, le "film porno" dont il avait annoncé la mise en chantier à Cannes, le 18 mai, lors d'une conférence de presse qui lui valut d'être déclaré persona non grata par le Festival (Le Monde des 20 et 21 mai). Au terme d'une longue conversation, pleine de digressions, on peut reconstituer quelques réponses, en se pliant à cette requête du cinéaste, dont, après des jours de réflexion, il reste impossible de savoir si elle est -naïve ou retorse : "Je compte sur vous pour juger si j'ai dit des bêtises."

Or, Lars von Trier a tendance à dire tout et son contraire, qu'il s'agisse de la différence entre les sexes qu'il nie avant d'expliquer comment il l'exploite dans la direction d'acteurs, de la judaïté qu'il revendique avant de revenir sur sa fascination pour l'esthétique nazie, ou des vertus des règles artistiques qu'il s'apprête à bafouer dans son prochain film.

Une fois juxtaposés les termes de ces contradictions, voici quelques nouvelles de Lars von Trier. Nymphomaniacs "sera un foutoir. Des styles différents, des choses idiotes, des histoires qui n'ont rien à voir avec l'intrigue. En ce moment, je lis des romans dans lesquels l'intrigue ne fait qu'affleurer de temps en temps, alors que les films de nos jours... il n'y a que l'intrigue qui compte. Je voudrais faire un film long avec de la pornographie et de la philosophie. Ce sera encore plus long (que La Maman et la Putain, qu'il a revu récemment), les gens dormiraient, ils apporteraient leur sac de couchage. Comme notre société est en pleine crise financière, c'est un peu chercher les ennuis." Et si ces ennuis-là ne suffisent pas, il a l'intention de ne pas éluder la sexualité enfantine de ses personnages féminins ; il a l'air ravi quand on lui fait remarquer qu'il va droit vers la polémique.

"Forcer sur un ingrédient"

Ce désir de chaos est aussi une réaction à l'admiration quasi unanime qu'a suscitée Melancholia. Lars von Trier a décidé de représenter l'opposition à cette adulation. "J'ai pris beaucoup de plaisir à le faire, je me suis laissé emporter un peu par le fait de me sentir bien en faisant le film. C'est comme quand on fait de la cuisine, on a envie de forcer sur un ingrédient parce qu'il a bon goût. C'était merveilleux de s'amuser avec ces idées et ces images romantiques, mais ce n'était peut-être pas très honorable. Le film est exactement ce que je voulais qu'il soit, mais j'en suis très loin."

Né de la longue dépression qu'a traversée le cinéaste, Melancholia a aussi été inspiré par Penélope Cruz à qui le rôle principal était initialement destiné. Finalement, l'actrice espagnole n'a pu s'engager aux dates désirées. Kirsten Dunst, la mariée dépressive et Charlotte Gainsbourg, la soeur psycho-rigide, ont pris sa place. "Les deux rôles féminins représentent mes deux moitiés", explique Lars von Trier.

Quand on lui fait remarquer qu'il semble s'être désintéressé des hommes dans ses derniers films, il révèle : "Parfois, je reçois des lettres de femmes qui me disent : "Comment pouvez-vous nous comprendre ?" Je dois leur expliquer que c'est une arnaque. J'écris des films qui parlent de moi, les personnages féminins sont des clichés, nuls. Juste avant de faire le film, j'échange les sexes des personnages, c'est un truc." Juste avant de convenir qu'il préfère de loin diriger des actrices parce que les acteurs "entrent en compétition" avec le réalisateur, que les hommes veulent "tout contrôler et qu'un acteur ne contrôle rien".

Sans cesse, la conversation revient sur l'incident cannois, sa façon à lui de gâcher la fête comme le fait le personnage de Kirsten Dunst qui fait l'amour avec l'un des invités de son mariage. Cette comparaison lui paraît imparfaite : "Elle savait ce qu'elle faisait, pas moi." Il se défend comme un enfant victime de grandes personnes. "J'avais l'impression d'être sur une moto qui entre trop vite dans un virage, et je voyais les sourires des journalistes qui se dessinaient dans l'obscurité."

"Pour clarifier les choses"

Quant aux réactions qu'ont suscitées ses propos, il invoque un documentaire israélien, Defamation, de Yoav Shamir, qui traite de l'antisémitisme contemporain à travers l'action de l'Anti Defamation League américaine. "Je voyais ce bureau dans lequel ils attendent qu'on leur signale des cas d'antisémitisme. Ils avaient recensé cinq incidents en un mois, le réalisateur essayait d'enquêter, mais ils n'avaient rien à faire. La réaction à cette chose à Cannes est arrivée exactement à l'heure où on se réveille à New York et je les imaginais se disant : "Enfin nous avons quelque chose !""

L'instant d'après, il revient sur sa généalogie compliquée : "L'homme dont j'ai longtemps cru être le fils était juif. C'est ma culture, je suis aussi juif que n'importe qui. J'ai rajouté le "von" à son nom, Trier, quand j'ai appris que les juifs ne pouvaient être anoblis. C'était ma manière de lutter contre la discrimination. Quand j'ai appris que mon père était allemand, pour clarifier les choses dans ma tête, je trouvais drôle de dire qu'au début je croyais être juif et que j'ai découvert que j'étais nazi. En voulant dire qu'il était allemand, que je venais d'une famille allemande. Tous les gens qui me connaissent comprennent."

Enfin, le cinéaste donne le mode d'emploi de Lars von Trier : "Quelqu'un m'a dit : "Ne faites pas l'erreur de tous les vieux réalisateurs : dans leurs films, les femmes sont de plus en plus jeunes et de moins en moins habillées." Et j'ai répondu : "Merci beaucoup, c'est exactement ce que je vais faire, elles vont être très jeunes et très déshabillées !" C'est très facile de me contrôler, dites quelque chose et je ferai le contraire."
Thomas Sotinel
Article paru dans l'édition du 10.08.11

拉斯˙馮˙提爾 (Lars von Trier) 的拉斯˙馮˙提爾 (Lars von Trier)

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《低層生活》的故事主要是在講一位波蘭移民女人,被生活所逼,下海淪為妓女的故事。這位波蘭移民女人,將由法國女演員瑪莉詠˙寇提亞(Marion Cotillard)飾演。肌肉男傑瑞米˙雷納(Jeremy Renner)也投入傑姆士˙葛瑞的班底……只是,看得出來《低層生活》應該是很低預算的影片。加油吧,我最愛的美國導演之一傑姆士˙葛瑞…………
瑪莉詠˙寇提亞(Marion Cotillard)的高層生活跟往日的低層生活──一九九六年的電視影片 Chloé (1996),其實我也沒看過。


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《電影筆記》主編史鐵番˙德羅姆(Stéphane Delorme)在社論直接挑戰坊間的說法:坊間的說法說《永生樹》是一部詩(poésie)的電影,是一部旅途(trip)的電影,是一部奧德賽(odyssée

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「這個世界,老早就在沒有人的時候就已經開始了,而且也將在不會有人的情況下自行結束。所有的機構,所有的道德觀,所有的習俗,所有這些我都可能會花上我這一生的時間來編造清冊、來搞懂它們,全都是一個創造物(une création)的一段很短暫的繁榮而已;跟這創造物比起來,除了讓『人』(l'humanité)自行扮演其角色外,以上那些(機構、道德觀、習俗)其自身完全沒有任何意義。」他老早就已經在《憂鬱的熱帶》寫下以上這句話。在鋼筆字上頭,是道德學家的口吻,也高度地感傷。
以他為目標的各種指控,並沒有把克勞德˙李維─史陀的智者形象震動到衰弱不堪。他依舊是熱烈地、堅持不懈地捍衛著這些所謂的「初始」(premiers)的民族,看著他們緩慢地垂危他為之流淚,自知歸屬於破壞者的陣營,無法為之撫慰。看西方世界人士,看他們面對其他種人的言行舉止、面對大自然的表現,這位老人憤怒地反西方世界的人,三年前他這麼說:「還能夠提供(給人)的唯一機會就是,雖然『人』已經成為『人』自己的受害者,但請認識說現在這種處境已經把『人』跟其它種已經被採用的很不同的生活方式放在平等的地位了,公平了,但竟繼續這種生活方式還在搞破壞。如果人首先要以(繼續)『活著(的人)』的資格掌握(活著的)權利(:複數)(si l'homme possède d'abord des droits au titre d'être vivant...),那麼,這些權利,把『人』作為物種之一的被認可的權利,就會在其它的物種的權利(:複數)裡面撞見不少大自然的侷限。當『人』的活動把其它物種的存在置於危難,『人』的權利就不得再是權利(Les droits de l'humanité cessent au moment où leur exercice met en péril l'existence d'autres espèces.)」花了一生的時間試著要瞭解人是怎麼生活的、怎麼思考的,他留下一封爭議性很大的遺囑:我很確定,人是「收受的一方(譯註二),人不是創造物的主人。」(la certitude que l'homme est « une partie prenante et non un maître de la création ».) (譯者註:重點為本人所加)
(譯註二:這是司法用詞,如『受款人』、接收某事物的一方)
作者:娜塔莉˙柯紅(Nathalie Crom
原載於:《電視全覽》(Télérama) n° 30442008 5 14 日,pp.32-34.
文章中若出現(33 | 34)以上數字符號的話,表示在此之前是在《電視全覽》的第 33 頁,在此之後是在第 34 頁。
翻譯周星星
終究還是把它翻譯完了。「翻譯,看起來不難嘛。」是呀,翻完後的輕鬆,是可以接受這句話的。但如果是在過程中,就會很難忍受這句話了。我幾乎是坐在椅子上半天,才勉強衝完翻譯這工作。尤其是有好幾句,我反覆看了原文不止十次,都還不敢百分之百有把握是否完全翻到正確。但,管它的了,終於是在 John Petrucci 的電吉他 solo 聲中,真的就像前幾天我所講的,很感驕傲地把最後一個句號翻完;甚至補上可供參考的頁碼。

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《黑天鵝》在美國賣破一億美元大關,終於讓戴倫˙艾洛諾夫斯基躋身如同大衛˙芬奇(David Fincher)、保羅˙湯瑪斯˙安德森(Paul Thomas Ander-son)、克里斯多福˙諾藍(Christopher Nolan)的作者地位;他們變成新一代的史柯西斯(Scorsese

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年輕的時候,我有一些理想,不算多,但也不知道這些理想到底是怎麼一回事。現在,我只有一丁點理想,而且非常知道這幾丁點理想到底是怎麼一回事──而且還更認識我自己的年輕的時候、更瞭解我自己的年老的時候。所謂我自己的年老的時候,就是「不可測」這件事。意外隨時會來,「不可測」處處都是,我不再有不切實際的理想了。
我已經快要分不清楚一個月大的幼貓跟一個月又一個禮拜大的幼貓到底有何差別。大家都已經有牙齒了,大家都已經會跑來跑去了,大家都還在喝母奶以及在那不應該去的地方尿尿。
呃,我今天嘗試著要趕上我要看的米歇˙傅柯(Michel Foucault)的進度,但速度實在太慢,也看不出來我在幹什麼。我說過我是一位求生存的懦夫,在八八這一天我要強調這一句話。

日記 le mercredi 10 août 2011
今天除了在馬桶上看了幾分鐘米歇˙傅柯、思考了一下──真的有在深思──之外,其餘時間我都拿來關心二○一一年八月上旬的英國大暴動。其實,米歇˙傅柯的東西開始變得比較深了;我的感想是:真的千萬別以為你自己已經看懂米歇˙傅柯了──尤其是它看起來很白話文──,同樣的段落我再看第三、第四遍,我才發覺我以前的那種一直翻、一直看、宛如行雲流水的順時間閱讀法根本就沒辦法看得懂米歇˙傅柯。問題出在哪裡?問題是:如果你根本不去孤狗耶和尼姆斯˙波斯(Jheronimus Bosch)──此即法國人所稱的 Jérôme Bosch ──、彼德˙布魯格爾(Pieter Brueghel)、迪克˙卜特(Dirk Bouts ook Dieric Bouts)──此即法國人所稱的 Thierry Bouts ──的畫作的話,你就會自我感覺良好地以為看懂米歇˙傅柯了。不錯、不錯!
今天我把 Giant Last of the Runaways (1989) 設定成「必聽」,所以我就一直聽。
我沒辦法一直記下我在腦海中的思考。像是:為什麼電影本體論還能夠超越時間的摧殘,繼續以更多樣的提問、更多樣的哲學/美學命題來發威呢?為什麼阿藍˙巴底烏(Alain Badiou)的見解已經是「非常值得思考之」或甚至更應該是「絕對要研究之」?

日記 le vendredi 12 août 2011
昨天、今天處處都可見到中元祭拜的場景──雖然十五中元節根本還沒到!我自己已經遠離那一段莫名的興奮很久很久了;那是小時候,我看到媽媽弄了一大堆東西要拜拜,就感到興奮,尤其是看到桌上有那麼多煮好的雞、豬肉……後來,我愈長愈大,反而變得很討厭這種儀式。
昨天(八月十一號禮拜四)我跑去看《星際飆客》(Cowboys & Aliens, 2011)
是很好看的片──雖然電影場面是真的很浩大。一切,都還是得怪罪劇本吧。
半夜再在 HBO 看到《四海好傢伙》(GoodFellas, 1990),我好像是重新再看一部新片一樣,對這部片還是感到驚奇,非常讚賞。
後來,再在動物星球頻道看到《人與熊的危險接觸》,非常驚人,我非常喜歡這影片。這位是美國阿拉斯加退休教師 Charlie Vandergaw 的真實記錄,從這影片我幾乎可以看出野熊還挺喜歡跟人接觸的。

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